Écoute, fit-elle en m'attirant contre elle et, d'une voix étrange, elle me dit ces mots en les scandant d'une façon solennelle et avec un effet voulu:

—Dom Pedro est resté longtemps ici, hier, après ton départ: il a fini par comprendre que mon amour l'enlacerait partout quoi qu'il fît; il ne cherche plus à s'en dégager parce que l'immensité de cette affection le touche, et alors, c'est convenu, il partira, mais c'est pour préparer tout là-bas afin de me recevoir, car je ne peux... je ne veux plus vivre qu'avec lui, qu'avec... le père de mon enfant!... Oh! tais-toi, Jeanne, je sais tout ce que tu vas me dire, pourquoi me déchirer le cœur inutilement: je te charge de consoler ma mère... et...

Elle ne put achever.

—Louise, m'écriai-je, dis-moi que ce n'est pas vrai, dis-moi que ce n'est pas possible, ou au moins que tu n'es pas sûre?

—Absolument sûre. Et même il ne faut pas qu'il prolonge trop son absence... je ne pourrais peut-être plus le suivre.

—Si près du dénouement! murmurai-je, et personne ne soupçonne rien?

—Je suis tellement maigrie! et puis regarde, à peine puis-je respirer dans mes vêtements!

Elle était redevenue calme et souriante, et moi, je me sentais pétrifiée. Pas un mot ne venait sur mes lèvres, je ne savais même plus l'aimer...

Était-ce de sa part cynisme ou énergie farouche? Il me semblait en arriver à admettre ses idées de suicide! J'aurais voulu crier à sa mère: «Venez, Madame, au nom du ciel, si vous tardez un instant, votre fille est perdue. Venez, il est peut-être encore temps de la sauver!»

Combien ai-je vécu ces quelques minutes! Il m'a semblé, en ce court espace de temps, effeuiller un siècle! Un baiser, qui me brûla le front, me sortit de ce songe: