—Est-ce qu'on attend la réponse? demanda-t-elle.
—Non, madame, lui fut-il répondu.
Elle l'ouvrit, et j'entendis comme un coup de marteau sec... c'était un cri de douleur qu'elle retint en me passant ce chiffon de papier, où je lus:
«Chère amie,
«Je reçois à l'instant, une dépêche de dom Pedro, il arrive demain et me charge de vous en prévenir.
«Bien à vous.
«Mathilde.»
—Eh bien, Louise, qu'y a-t-il d'étonnant? Matt est sa cousine, il lui adresse sa dépêche, sûr que tu seras prévenue tout de suite, c'est bien naturel!
—Ah! tu trouves?... Je suis fatiguée, Jeanne, bonsoir mon amie; va, laisse-moi me reposer... n'est-ce pas, quand tu le verras, tu lui diras que je ne l'aime plus. Oh! non, je ne le reverrai jamais. Dors bien, ma Jeanne. Adieu!
Louise me dit ces paroles d'un ton profondément triste, mais si résolu, que je ne trouvai rien à répondre. Je restais immobile et sans forces; elle vit mon embarras, se mit à sourire avec amertume et me répéta froidement ce mot: adieu. Puis ce fut tout, son regard plongeait dans le mien, elle comprenait que je voulais rester, ce qui la contrariait visiblement.
—Je vais sonner, dit-elle, à demain.
Ce mot me décida, je me levai, et, l'ayant embrassée, je sortis.
C'était une tiède soirée de juin, il n'était pas tard, je voulus rentrer à pied, marchant doucement, absorbée par la pensée de Louise.