Elle continua:

—J'étais donc la propriété de cet homme, puisqu'il entrait ainsi chez moi, sans me demander si cela me convenait.

Être la chose de quelqu'un, c'est révoltant!

Je ne sais ce qu'il pensa, lui, mais il vint s'asseoir tout près de moi, si près que je respirais son haleine; je voulais fuir, et me sentais clouée à ma place! Il me fit un signe que je ne compris pas, puis il m'entraîna doucement avec lui et me souleva dans ses bras: là je ne sais plus bien ce qui se passa; mais, sous ses baisers brûlants, je ne cherchais plus à me défendre, cédant à la violence de ses caresses, quand, tout à coup, je ressentis une impression inénarrable; je jetai un cri, et perdis connaissance!... Est-ce que tu as perdu connaissance aussi, toi?

—Louise, je t'ai promis de t'écouter, mais non de te faire des révélations aussi intimes!

Dans tout ce qu'elle me disait, je démêlais surtout une horreur, une répugnance que je ne pouvais comprendre, mariée moi-même depuis peu, heureuse et calme, dans une ivresse que rien ne semblait pouvoir troubler!...


Pauvre petite! comme je l'aimais alors! Il me semblait dans ces entretiens pleins d'abandon qu'elle avait besoin de moi, et que ma patience à l'écouter était un soulagement pour elle!

II

Son union fut stérile; dans les premiers temps, elle en eut un réel chagrin, surtout lorsqu'elle vit un berceau près de moi et qu'elle embrassa mon premier-né. Souvent elle le prenait dans ses bras et se cachait afin de dissimuler une larme!