—Ma Jeanne chérie, me disait-elle, tu sais bien que mon sommeil avait toujours été abrité par l'ombre du rideau de ma mère, comme par l'aile d'un bon ange; j'avais grandi bercée dans son sourire qui saluait chaque matin mon réveil... ce doux sourire maternel qui fait croire que la vie est bonne!...
Et voilà que, tout à coup, ma mère disparaît, me livrant à un homme avec lequel, la veille, on ne me laissait pas causer seule. Alors je me mis à trembler, me reprochant ce moment de vertige, où, triomphant de mes hésitations, j'avais laissé entendre ce mot fatal: «Oui! je l'accepte pour époux!»
Oh! mères, que vous êtes coupables, vous qui cachez à vos filles jusqu'au soupçon de la réalité!
Te souvient-il de cette foule qui m'a semblé innombrable à la cérémonie religieuse? Ces chants pieux, l'autel éblouissant, le parfum enivrant de l'encens et des fleurs!... que sais-je? mes voiles, ma robe blanche...
Tout ce troublant ensemble se déroulait en ma mémoire... j'étais mariée... du moins pour le monde!
Mais quand ce rêve d'un jour s'envole et que la nuit descend... quelle chute!
J'étais seule dans ma chambre, et tout en repassant en moi-même cette journée, je ne m'apercevais pas que les heures continuaient à se succéder... quand j'entendis ma porte s'ouvrir, et mon mari parut...
—Louise, arrête-toi, m'écriai-je, je ne sais vraiment si je puis continuer à t'entendre.
—Je t'en supplie, dit-elle, en me forçant à me rasseoir et à l'écouter, il faut que je te raconte, il faut que tu saches, j'ai confiance en toi!... Tu n'es donc plus mon amie?...
—Oh! si, pauvre petite!