La mère de Louise, au contraire, vite consolée, ne vivant que pour sa fille, travaillait à grand'peine à rétablir une fortune très compromise à la mort de son mari.
Nos vies se ressemblaient donc, en somme, quoique par des raisons très différentes.
Nous avons ainsi passé notre première enfance, nous cherchant toujours et toujours heureuses de nous retrouver. Que de douces heures se sont écoulées à nous confier l'une à l'autre nos importantes affaires... ces mille riens qui tiennent une si grande place dans les existences de dix à douze ans,... que sais-je, une promenade projetée et manquée, une leçon plus ou moins bien apprise! À cet âge, on ignore encore quel chapeau sied le mieux, ou quelle robe avantage la tournure; j'avoue pourtant à ma honte que Louise a commencé à s'en douter avant moi; elle me trouvait jolie, sans doute par bienveillance; quant à elle, elle devenait tout simplement très belle; aussi, vers la fin de sa dix-huitième année, elle fit un mariage inespéré, et, c'est le cas ou jamais de le dire: pour ses beaux yeux. Comme son mari était bien alors! Il avait un caractère des plus aimables, une intelligence au-dessus de la moyenne, et, avec cela, une fortune colossale.
Malheureusement, il était d'une activité presque fébrile que ne pouvait supporter la nature indolente et poétique de Louise.
Elle avait cru l'aimer, comme cela arrive tant de fois, hélas! On se berce d'une espérance, croyant tenir une réalité!
Comment est-il possible, en effet, qu'une infortunée créature, ne connaissant du monde que le cercle restreint qui gravite autour d'elle, puisse se faire une opinion quelconque sur l'homme avec lequel elle devra partager son existence?
Elle entre dans la vie de ménage, comme dans un appartement neuf, duquel elle ne connaît ni les inconvénients, ni les avantages; elle ne peut voir la vie qu'à travers les illusions dont elle enveloppe son rêve, et le premier qu'on lui présente, c'est le mari qu'elle accueille, en ayant cru le choisir! Si c'est un galant homme, elle a quelque chance de bonheur, sinon elle sera une victime de plus. Quant à l'attrait, à la sympathie, à l'amour... l'amour surtout qu'elle doit à peine connaître de nom, on s'en préoccupe peu; elle ouvrira le livre de la vie, en commençant par la dernière page, et ainsi le voile, déchiré tout à coup, lui montrera brutalement l'existence et chassera ces rêves chéris qu'elle ne pourra plus jamais caresser!
Lorsque les premiers moments d'amour-propre flatté, de vanité assouvie furent passés pour Louise, un désenchantement absolu s'empara de tout son être, ce fut comme un malaise inexplicable, mais incessant.
Notre intimité, toujours croissante, fit qu'elle aima, dès le début, à se confier à moi, me faisant part de ses impressions les plus personnelles, me détaillant, avec une précision quelquefois gênante, toutes les circonstances qui consacrent à jamais l'union conjugale...
Moments précieux et décisifs de l'existence qui sont si souvent remplis d'angoisses, voire même de crainte... trop rarement hélas! de charmes!