Mais le silence de la mort qui s'est établi depuis si longtemps sur tous les personnages dont il va être question, m'autorise à mettre ce récit en lumière.

Il est toujours intéressant d'étudier la société du XVIIIe siècle (?), dans sa vie intime, et de pénétrer ces dehors brillants, qui cachaient si souvent des plaies effroyables!

Est-ce à dire que nous valons mieux à présent? Il ne m'appartient pas de juger. Chacun s'en tire, comme il croit le mieux.

Les cœurs, autrefois, étaient les mêmes, les institutions seules ont changé, ainsi que les préjugés.

Est-ce donc parce qu'on n'ose regarder en face une statue antique libre de voiles, qu'on soit plus vertueux? Allons donc! Vous tous qui criez tant après Mme X..., ou Mme Z..., parce que son œil bleu en dit beaucoup, et que son sourire en demande davantage!... laissez là vos belles phrases, ne vous méfiez pas tant de la race humaine, sans quoi, elle se méfiera de vous, et pourriez-vous affirmer que vous ne le regretteriez pas?

Il faut bien être quelque peu sceptique, pour ne pas tomber dans la naïveté.

PAUVRE PETITE!

I

Depuis quand nous connaissions-nous Louise et moi? Je n'en sais plus rien, nous nous étions souvent rencontrées, toutes petites, toutes les deux en grand deuil, elle, de son père, moi, de ma mère. Nos gouvernantes étaient en relations, nous avions fini par nous parler, nous nous étions plu, puis aimées, et cette amitié-là, nous ne l'avons jamais trahie.

Mon père, plongé dans la douleur que lui avait causée la mort de ma mère, avait renoncé à toute espèce de luxe, et s'occupait peu de moi; il sortait toujours seul et ne me parlait presque jamais. Toutefois il ne négligeait rien pour mon bien-être et désirait que mon éducation fût soignée.