Un soir de bal, au printemps suivant, Mathilde m'entendit faire cette même réponse; elle me reprit d'un ton moqueur:
—Oh! oh! fit-elle, vous croyez donc que dom Pedro a bien peu d'attaque, et Louise beaucoup de défense?
—Que voulez-vous dire, Mathilde?
—Silence, suivez-moi.
Nous étions chez un de ces richissimes banquiers avec lesquels toute l'Europe compte à présent. Un salon aux tentures bleu de ciel, qu'encadraient délicieusement des dorures d'une finesse admirable, conduisait à la salle de danse éblouissante de lumière.
C'était, à ce moment, un spectacle exquis; les danses étaient fort gaies, il y avait beaucoup de jeunes gens: ces joues animées, ces épaules nues, chargées pour la plupart des pierreries les plus précieuses, les rires, la musique, tout cet ensemble entraînant forçait, en quelque sorte, la nature la plus calme à quelque agitation... Matt voulait me mener dans la serre sur laquelle donnait cette salle; il était impossible de songer alors à la traverser, mais on pouvait facilement la tourner en passant par un délicieux boudoir rempli d'objets d'une grande valeur.
Rien ne peut dire le calme mystérieux de ce vaste jardin de cristal. Des plantes exotiques répandues à profusion tendaient leurs larges feuilles comme pour tamiser encore la pâle lumière qu'on y laissait pénétrer comme à regret... Un petit jet d'eau caché dans le parterre central couvrait de son bruit les conversations intimes!... un seul couple était assis, mais je ne pouvais distinguer les figures:
—Louise et dom Pedro! murmura Mathilde à mon oreille, en me les désignant.
Je me retournai vivement avec l'intention de lui donner, à tout hasard, un démenti formel... je me trouvai en face du mari de Louise:
—Vous avez donc oublié, Madame, que vous m'aviez promis cette valse?