—Non pas, je vous cherchais!...
Et, me précipitant à son bras, je l'entraînai dans le tourbillon, plus vite que je ne mets de temps à l'écrire, et nous valsions, nous valsions... moi m'efforçant de rire de tout, et lui cherchant à formuler quelque excuse sur la manière brutale dont, prétendait-il, il m'avait entraînée loin de ma causerie!...
Longtemps la vision de la serre se représenta à mon esprit, mais je la chassais comme on chasse un mauvais rêve! Non, pensais-je, c'est impossible, Louise, si belle, si artiste, si intelligente! et dom Pedro si vulgaire, si...... Non!
Mais alors, cette intimité réelle ou feinte, pourquoi?...
III
Dom Pedro ne m'avait jamais tant déplu que la dernière fois que je l'avais vu. C'était le soir du dernier concert que Louise avait donné; et peu de temps après, les départs pour la campagne vinrent nous séparer tous, au moins pour quelque temps; je tâchai d'oublier cette impression.
Dans ses lettres Louise ne faisait aucune allusion au Portugais, elle me demandait seulement, avec une insistance bien plus marquée que de coutume, d'aller la voir. Je finis par céder, le voyage n'était pas bien long; elle avait toujours chez elle d'agréables réunions; je me décidai et me mis en route.
L'automne à V... était charmant; on y inventait parties sur parties, cavalcades pour les uns, chasses pour les autres, comédies plus ou moins bien jouées, etc... Louise savait intéresser tout son monde et donner à chacun sa distraction préférée, tandis qu'elle-même s'adonnait de plus en plus à la musique. Lorsque j'arrivai le château était plein.
Le grand salon était disposé d'une façon délicieuse; les fenêtres couvertes d'une légère buée à cause du froid extérieur,—on était en novembre,—laissaient apercevoir, malgré le crépuscule naissant, des arbres séculaires formant un majestueux arceau, qui se perdait au loin dans la brume. C'est par cette avenue qu'on arrivait; aussi, quand ma voiture tourna à l'angle du château pour approcher du perron, eus-je le temps d'apercevoir bon nombre de figures souriantes me souhaitant la bienvenue.
J'entrai, et me débarrassant de mes fourrures, je répondis aux bonjours et aux poignées de main; Louise m'avait embrassée, et je lui trouvai non seulement bonne mine, mais l'air radieux: