—Quelle joie de me retrouver ici, dis-je enfin!

—Ce n'est pas malheureux, il y a assez longtemps qu'on te désire, répondit gentiment Louise; Jules surtout, il ne savait quelle chambre te donner, pour que tu fusses bien. (Jules était son mari.)

—Merci, mon cher Jules, je n'ai pas besoin d'être si gâtée, pour aimer à venir chez vous!

Après avoir ainsi échangé quelques phrases banales avec mes amis, je voulus me retirer dans cette fameuse chambre afin de m'habiller pour le souper. Comme j'en exprimais le désir à Louise, je remarquai chez elle une vague inquiétude; depuis quelque temps, elle regardait avec acharnement la grande fenêtre qui donnait sur l'avenue, quand, tout à coup, elle s'écria:

—Ah! le voilà!

On se précipita pour voir le nouvel arrivant, pendant que Louise me montrait mon appartement.

—Ah! quel bonheur, soupira-t-elle, je commençais à m'inquiéter. Regarde comme je suis contente! Tu ne vois donc pas combien je suis heureuse? Tu ne devines donc pas qui j'attends?

Je la regardais sans répondre.

—Ne fais pas l'étonnée comme çà, Jeanne, je me sauve car la voiture que j'ai aperçue au loin n'est autre que celle de dom Pedro; il doit être arrivé maintenant, et... songe donc, il y a un mois que je ne l'ai vu!

... Je ne voulus pourtant pas croire encore, mais j'eus peur!