Ce soir-là, c'était jour de comédie; Louise ne jouait pas, mais Mathilde avait un rôle important, ce qui me surprit, car, ne l'aimant pas, je n'admettais, en elle, ni esprit, ni intelligence. Le souper fut gai, les acteurs mangeaient à part, sous prétexte de pouvoir sortir de table avant nous pour aller revêtir leurs costumes afin de ne pas faire attendre pour commencer la représentation.

La comédie m'intéressa peu, j'étais suffoquée par l'arrivée de dom Pedro, que je comptais bien ne jamais trouver à V...

Matt avait un rôle de souveraine; sa traîne en velours rouge, sa fraise en broderie d'or, et ses cheveux, si noirs, relevés hardiment sur son front, lui donnaient un air imposant, que je ne lui soupçonnais pas; et je la trouvai belle!

Dom Pedro ne la quittait pas des yeux; elle ne laissait pas de s'en apercevoir, et sa physionomie trahissait une satisfaction qui se devinait dans son maintien.

Elle joua médiocrement, mais dom Pedro l'accabla de compliments si exagérés, que j'en fus tout étonnée.

Puis, après un ou deux tours de valse, on eut la liberté de se retirer. J'en profitai aussitôt, très fatiguée de mon voyage et bien aise aussi de me sentir un peu seule avec mes réflexions.

À peine commençais-je à me remémorer cette première soirée que Louise entrait souriante dans ma chambre; ses beaux cheveux blonds tombaient à leur gré sur ses épaules; un frais peignoir laissait deviner les contours de sa taille svelte et gracieuse; mais ses yeux projetaient véritablement des flammes.

—Qu'as-tu, ma chérie? lui dis-je presque effrayée.

—Oh! rien; je veux te voir seule, un peu à mon aise, te dire que je suis bien heureuse de te sentir enfin sous mon toit?

Son sourire était forcé, et les mots semblaient sortir difficilement de ses lèvres.