—«J'ai une manie,» lui dis-je, comme nous nous installions à la petite table sur laquelle le bouillon et la viande froide étaient préparés.

—«Une autre?» demanda gaiement Raymond en dépliant sa serviette.

—«Celle de formuler en aphorismes les observations qui me semblent justes.»

—«Comment,» dit-il, «vous travaillez dans la pensée? Vous n'avez donc pas remarqué combien il est facile de retourner les plus célèbres? Et elles sont aussi vraies.... Voulez-vous des exemples: Le cœur vient des grandes pensées.... On n'a pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui.... Le moi seul est aimable.... Rien n'est vrai que le beau.... Ce sont quelques célèbres maximes que je me suis amusé à mettre ainsi à l'envers, et vous voyez....»

—«Vous me dépravez,» dis-je à moitié sérieux; «vous ne croyez donc à rien?»

—«Puisque vous y tenez,» reprit-il, «cherchons vos aphorismes, ils ne seront pas plus faux que d'autres.»

Et quand je rentrai chez moi, je pus noter les cinq réflexions suivantes, produit de cette conversation de souper. Comme disait encore Casal, cela valait mieux que de perdre de nouveau cinquante louis.

XCVI

Plus on lutte contre un sentiment, plus on y pense, et y penser, c'est l'exaspérer.

XCVII