Ou bien:

—«Il s'est douté de quelque chose. Ce n'est pas trop tôt....»

Ou bien:

—«Il sera bientôt remplacé. X... était là qui tournait autour depuis six mois....»

Cela l'ennuie, cet homme, d'être certain que l'on dira ces trois petites phrases et d'autres pareilles, et il reste fidèle à l'Objet quelque temps encore. Mon Dieu! Si les femmes qui aiment vraiment soupçonnaient sur quels misérables racontars de salons, de tripots et de coulisses se joue leur bonheur! Si elles le savaient? Hé bien!... Elles aimeraient tout de même, comme faisait la pauvre petite Mariette, celle qui jouait le rôle du Génie du Trocadéro dans la Revue d'il y a six ans: Par ici la sortie! Elle arrivait droit de Russie, où elle avait été séduite par un de nos camarades, un confrère de passage à Pétersbourg. Elle avait juste dix-neuf ans, et, depuis trois mois qu'elle était à Paris, cet homme ne venait guère la voir. Elle vivait, je n'ai jamais su comment, de dettes, de bijoux mis au mont-de-piété, et elle s'obstinait à rester fidèle:

—«C'est tout simple,» me disait-elle en pleurant, au risque de se démaquiller. «Il voit que je n'ai pas d'amant, et alors, comme il croit que c'est parce que je n'ai rien trouvé, il me prend pour une dinde, et il me méprise....»

Et elle ajoutait:

—«Je sais bien, pour le faire revenir, il faudrait qu'on lui dise que je suis avec vous ou un autre de ses amis.... Mais je ne peux pas.... Je l'aime trop....»


Que vous ayez la patte prise à ce fil ou à un de ceux que vous imaginerez parmi les autres, il est certain que, du jour où vous vous en apercevrez, votre maîtresse s'aperçoit aussi que vous vous en apercevez, et alors commence entre vous deux la comédie qui précède la rupture. Elle consiste en ceci que, tous les soirs, vous essayez de donner un coup de dent au susdit fil et que, tous les matins, vous le retrouvez noué à votre patte d'un nœud plus serré.... C'est là une série de mauvais moments à passer qui échappent à l'analyse, parce que les mille détails de l'existence servent de prétexte à ce jeu du fil brisé puis renoué. La comédie varie avec chaque amant et chaque maîtresse. Benjamin Constant a écrit son chef-d'œuvre pour raconter les tristesses de ce jeu cruel, et tous les Adolphes de toutes les variétés trouveront dans son livre l'étude minutieuse de leur aventure que dominent quelques vérités bien connues, quoique peu avouées: