LXVI
Beaucoup d'amants qui n'osent pas quitter leur maîtresse parlent de la pitié qu'elle leur inspire. Les femmes discernent avec justesse que cette pitié-là est une forme d'un abominable égoïsme. Il y a un attendrissement sur les maux que l'on cause qui ressemble à la plus cruelle férocité. Il est fait d'un délice de se sentir aimé sans aimer, vilain sentiment dont l'homme s'excuse à ses propres yeux en plaignant sa victime. Rien de plus raffiné comme hypocrisie.
LXVII
Pour un amant, chercher le moyen de dire à une maîtresse qui l'aime encore: «Je ne t'aime plus,» sans la faire souffrir, c'est vouloir mettre en pratique la célèbre fantaisie du guillotiné par persuasion.
LXVIII
Personne n'a songé, que je sache, à écrire la contre-partie d'Adolphe, c'est-à-dire l'histoire d'une femme qui, ayant cessé d'aimer, garde son amant par charité. C'est qu'une pareille femme n'existe guère, et leur franchise, à elles, dans la rupture est vraiment ce qu'elles ont de plus estimable.
LXIX
En amour, tout est rompu du jour où l'un des deux amants a pensé que la rupture était possible. Dire seulement tout bas: «Quand j'aurai cessé d'aimer ...» c'est avoir cessé d'aimer.
LXX
Osons cette banale réminiscence, tant elle est juste: un amour qui meurt jeune est béni des dieux.