—«Le remède? Il est plus difficile d'application, celui-là. Il faut être allé un peu à l'école chez Machiavel. Il consiste à savoir d'avance que l'on serre sur son cœur une femme capable de trouver la place malade de ce cœur, et à lui cacher cette place. Si tu avais dissimulé avec Colette, elle n'aurait pas deviné que tu aimais d'une amitié profonde ce petit nigaud de Vincy. Elle n'aurait pas soupçonné que les grands succès de Jacques Molan, coïncidant avec tes échecs, t'ont rendu odieux cet homme. Il fallait que l'empoisonneuse ignorât ce sentiment-là. Voilà tout. Et elle le connaissait, tandis que toi-même, tu en es encore à l'apprendre....»

—«Ça devient trop compliqué d'aimer ainsi,» m'écriai-je.

—«Pas plus compliqué que de vivre,» dit ce moraliste en veston, en lavant le bout de ses doigts avec le citron de son bol.


...Nous discutâmes encore une partie de l'après-midi sur les vengeances féminines que Mareuil m'énumérait si complaisamment. Il m'en cita de toute espèce, prodiguant axiomes, anecdotes, théories, paradoxes. Il n'en oublia, parmi ces vengeances, qu'une seule, celle que Christine Anroux exerça sur lui et dont j'ai déjà parlé: Elle consista—ayant su dans les premiers temps de leur liaison qu'il parlait d'elle cruellement—à se faire prendre comme maîtresse, puis épouser. Elle y mit un art infini et lui servit un semblant d'amour à duper Valmont lui-même, et je dis:

LXXXVII

On ne prévoit jamais toutes les ruses d'une femme. Le plus sage est donc de n'en prévoir aucune. A quoi bon se gâter sa sensation d'elle, pour rien?

LXXXVIII

La plus cruelle vengeance d'une femme est quelquefois de nous rester fidèle.

LXXXIX