—«Et l'autre?»
—«Elle a aimé l'autre aussi, voilà tout…»
—«Non,» reprit Casal, «c'est impossible; on n'a pas de place en soi pour deux amours…»
—«Et pourquoi pas?» dit lord Herbert en haussant les épaules; et il ralluma sa pipe qu'il venait de nettoyer et de bourrer de tabac tout en parlant plus qu'il n'avait fait depuis le début du voyage. «Quand j'étais à Séville,» reprit-il, «j'avais un cocher que possédait la manie des proverbes; il en répétait un que je te recommande, car il contient le mot de toute ton histoire et de toutes les histoires peut-être: Cada persona es un mundo… Chaque personne est un monde.»
Et les deux amis retombèrent dans le silence de la rêverie, tandis que les étoiles continuaient de briller larges et claires, la mer de frémir, calme, bleue et lourde, et la Dalila d'avancer sur cette mer et sous ce ciel,—moins infinis et moins changeants, moins mystérieux, moins dangereux et moins magnifiques aussi que ne peut l'être, à travers les tempêtes et les apaisements, les passions et les sacrifices, les contrastes et les souffrances, cette chose si impossible à jamais comprendre tout à fait:—un cœur de femme.
Hyères, décembre 1889.—Paris, juillet 1890.