En 1819, Loyson fait paraître un nouveau recueil. Là encore, il suit le cours de ses tristes pensées. Il a des vers pour célébrer le Lit de mort, et s'il chante aussi le Retour à la vie, combien ce retour est éphémère, et déjà assombri par la pensée d'une fin prochaine! On lui doit aussi des articles insérés dans le journal Le Lycée, sur les œuvres de Millevoye et sur celles d'André Chénier. L'un de ces articles se termine par la description d'un lieu qu'il rêvait de consacrer aux poètes morts prématurément, depuis Tibulle jusqu'à Millevoye. Chacun y devait être l'objet d'un monument approprié à sa mémoire; Jean Second, par exemple, aurait eu une tombe ornée de deux colombes et abritée sous un saule pleureur; Chatterton aurait reposé sur un rocher nu. Loyson n'indique pas le genre de sépulture qu'il préférerait; mais les préoccupations qu'il exprime au sujet de ses devanciers semblent n'avoir été qu'un pressentiment du sort qui lui était réservé: il était enlevé par la maladie à vingt-neuf ans.
On sait que la société parisienne montra d'abord peu d'engouement pour la poésie romantique, même modérée comme elle l'était chez Loyson. Lamartine eut seul la puissance de remuer profondément ce public rebelle, et bientôt après la France et l'Europe entière.
II
Lamartine.
Quelques personnes peuvent se rappeler encore l'effet que produisit l'apparition des premières poésies de Lamartine. Ceux dont les souvenirs ne remontent pas si loin, savent, par la renommée avec quelle admiration elles furent accueillies. Quel n'était pas surtout l'enthousiasme des privilégiés auxquels il était donné d'entendre le poète lui-même réciter ses vers. Un témoin bien autorisé, M. Villemain, nous a laissé le tableau de ces bonnes fortunes. «Rien n'égalait, dit-il, le tressaillement d'admiration, la flatterie sincère dont il était entouré, lorsque le soir, dans un salon de cent personnes, au milieu des plus gracieux visages et des plus éclatantes parures, dans l'intervalle des félicitations ou des allusions jetées à quelques députés présents, sur leurs discours de la veille ou du matin, lui bien jeune et reconnaissable entre tous, debout, la tête inclinée avec grâce, d'une voix mélodieuse que nul débat n'avait encore fatiguée, récitait le Doute, l'Isolement, le Lac, ces premiers nés de son génie, ces chants qu'on n'avait nulle part entendus et que la langue française n'oubliera jamais. Il faut renoncer à peindre le ravissement que tant de beaux vers, si bien dits, excitaient dans une part de l'auditoire, la plus vive et la moins distraite alors; mais tous étaient presque également émus.»
Ces premiers nés du génie, dont parle M. Villemain, eurent des frères qui, bien que portant peut-être déjà quelques signes d'affaiblissement, ne parurent point dégénérés. Aux premières Méditations (1820) en succédèrent de nouvelles (1823) et plus tard, les Harmonies poétiques et religieuses (1830). Dans ces trois œuvres, rapprochées par le temps et par l'inspiration, plusieurs points intéressent notre étude.
Chantre de la nature, Lamartine l'est aussi de la solitude. Sa première Méditation a pour titre: l'Isolement; une autre, la Solitude. On lit, dans les Harmonies, la bénédiction de Dieu dans la Solitude. Plus loin il célèbre la vie du Solitaire. En mille endroits, il vante les avantages de la retraite, le mépris de la société, de ses aspirations stériles et de ses mesquines passions. C'est dans le monde de la rêverie, dans le monde idéal qu'il établit son domaine.
Il ne s'y nourrit pas de pensées riantes. Quel découragement! quelle tristesse dans ces vers:
Mon cœur lassé de tout même de l'espérance
N'ira plus de ses vœux importuner le sort...