CH. LOYSON.—DIVERS.

Avec la Restauration s'ouvre en France une ère littéraire nouvelle. Un travail inattendu se produit dans les esprits. C'est l'heure de l'éclosion du romantisme. Ce n'est pas sans raison que je parle de cet événement littéraire. Le romantisme se rattache par un lien intime à la maladie du siècle. Ce que fut exactement le romantisme, ce n'est pas chose facile de le dire, mais il n'est pas nécessaire de résoudre ici ce problème. Je me contenterai d'avancer que l'un des aspects de ce genre littéraire se confond avec l'objet de cette étude.

Mme de Staël a dit que «le nom de romantique avait été introduit nouvellement en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été l'origine, celle qui est née de la chevalerie et du christianisme.»

L'éminent auteur de l'Allemagne oubliait que le mot dont il s'agit n'avait pas été inventé dans cette circonstance; que Jean-Jacques Rousseau s'en était déjà servi pour caractériser un paysage de la Suisse; mais quelle que soit l'origine du mot, Mme de Staël émettait une observation juste, quand elle ajoutait que la poésie romantique était volontiers compliquée, repliée sur elle-même, «et empreinte de cette réflexion inquiète qui nous dévore souvent comme le vautour de Prométhée;» enfin quand elle estimait que le romantisme descendait de ce qu'elle appelait les littératures du nord, c'est-à-dire des littératures mélancoliques.

Plus tard, un écrivain peu connu, dont on retrouve un discours couronné par l'académie des jeux floraux, dans un recueil intitulé les Annales romantiques, et qui comprend les années 1826, 1827 et 1828, M. de Servière, s'exprimait ainsi: «Il n'est pas douteux que le genre romantique, ne doive entrer aujourd'hui dans toute la littérature, et y apporter une source de richesses poétiques: les tableaux de la nature animés du souffle de Dieu, et la peinture de tant d'affections nouvelles; cette inquiétude secrète de l'homme, cet instinct mélancolique qui le met en rapport avec les scènes de la nature; ce mystère plein d'attraits, ce vague où l'âme se complaît, qui est comme l'absence de sensations, et qui pourtant est une sensation délicieuse.» Une autorité plus haute et plus incontestable vient s'ajouter à ces témoignages. Gœthe l'a dit, en 1829, reprenant la théorie qui ferait de la querelle des classiques et des romantiques une nouvelle phase, un dernier incident de la querelle des anciens et des modernes: «La plupart des modernes sont romantiques non parce qu'ils sont récents, mais parce qu'ils sont faibles, maladifs, malades; l'antique n'est pas classique parce qu'il est antique, mais parce qu'il est vigoureux, frais et serein.» Selon lui, il n'aurait tenu qu'à notre siècle d'être antique; il ne lui fallait pour cela qu'être sain d'esprit. L'examen des monuments de la période romantique confirme ces appréciations. On y voit mainte trace de ces tendances morbides que Gœthe caractérisait et blâmait à si bon droit, quoiqu'il eût contribué lui-même puissamment à les répandre.

Romantisme et mal du siècle vont donc souvent de pair, et la poésie de ce temps en fournit mainte preuve.

Il est impossible de mentionner toutes les productions poétiques, se rapportant à notre sujet, que la Restauration vit éclore et périr aussitôt. La Muse française, le premier des recueils romantiques, en contient un grand nombre. On y remarque surtout une série de pièces telles que la jeune Malade, la Sœur malade, la jeune Fille malade, la Mère mourante. Cette veine alla si loin qu'à la fin la Muse elle-même voulut réagir, et qu'un de ses critiques osa provoquer, «pour la clôture définitive de toutes les poésies pharmaceutiques,» la publication d'une élégie intitulée: «l'Oncle à la mode de Bretagne en pleine convalescence.» Les Annales romantiques, ce recueil dont j'ai parlé plus haut, abondèrent aussi dans le même sens. Je citerai quelques titres: la Mort, la Feuille morte, le Désenchantement, la Plainte. Ce sont des rêveries vagues et vides dont on ne peut rien détacher de saillant.

Avant Lamartine, il n'est sous la Restauration qu'un poète qui, dans le même ordre d'idées, soit digne d'être signalé. Je le range parmi les disciples de la nouvelle école, parce qu'étant, comme on l'a dit «un intermédiaire entre Millevoye et Lamartine, il est beaucoup plus rapproché de ce dernier.» Je veux parler de Charles Loyson.

Dès l'année 1817, Loyson publie un recueil de poésies où il se représente comme arrivé au terme de sa vie, et où il chante lui-même son hymne funèbre. Une gravure placée en tête de l'édition montre le poète étendu sur sa couche, et maniant une lyre en présence de deux hommes et d'une femme assis à son chevet et vêtus du plus pur costume de la Restauration; au-dessous de ce frontispice on lit ce vers emprunté au volume qu'il précède.

Placez, placez ma lyre en mes tremblantes mains.