Je suis tellement jaloux. Vous savez que c'est par moi que vous êtes aveugle et c'est moi qui monte la garde à la porte de chacun de vos sens,

Et s'il y a une manière d'être à moi que je ne veux pas vous demander, c'est parce ce que je ne veux pas renoncer à toutes les autres.

Si je n'étais là pour vous le dire, si mystérieusement, vous ne sauriez pas que vous êtes belle.

Et si vous n'étiez là, ma chérie, je ne saurais ce que c'est que ce grand ennui, qui est de s'ennuyer de soi-même.

Quand je vous ai quittée, Pensée, c'est alors que vous vous êtes emparée de moi. Chaque jour. Chaque nuit le même rêve après les premières heures de sommeil. La même Pensée.

On me remontrait une expression de votre visage,

Une inflexion de votre voix, un mouvement de votre corps, ce corps féminin, si amer, si intelligible pour moi.

Il y avait un cri dans la nuit, votre voix que je reconnais entre toutes les autres.

Il y avait une forme chancelante quelque part qui me tendait les bras, il y avait quelqu'un d'aveugle qui me parlait, quelqu'un de taciturne et qui ne me répondait pas.

PENSÉE.—Si je chancelle, Orian, c'est parce que vous n'êtes pas là pour me tenir. Et je ne suis aveugle que parce que je ne puis pas vous voir.