Il y eut une femme jadis qui a sauvé le Pape,—un homme ne peut donner que sa vie, mais une femme peut donner plus encore,—la mère de mon père, Sygne de Coûfontaine.

Et c'est sa fille maintenant sans yeux qui tend les mains vers celui que le Pape auprès de lui appelle son fils.

Et voici que dans mes veines le plus grand sacrifice en moi s'est réuni à la plus grande infortune, et le plus grand orgueil,

Le plus grand orgueil à la plus grande déchéance et à la privation de tout honneur, le Franc dans une seule personne avec le Juif.

Tu es chrétien, et moi, ce qui coule dans mes veines, c'est le sang même de Jésus-Christ, ce sang dont un Dieu fut fait, maintenant dédaigné.

Pour que tu voies, c'est pour cela sans doute qu'il fallait que je fusse aveugle;

Pour que tu aies la joie, il me fallait sans doute cette nuit éternelle sans aucune parole que ma part est de dévorer!

ORIAN.—Viens avec moi où je suis.

PENSÉE.—Où tu es, est-ce qu'il y a de la place aussi pour le malheur? où il y a tant de lumière, est-ce qu'il y a de la place aussi pour ces yeux qui ne veulent pas s'ouvrir?

Cette humiliation que j'ai apprise depuis le jour où je suis née, Juive, aveugle,