Que de lui jusqu'à vous l'encens de ces longs calices dont j'ai fait sa sépulture soit un signe suffisant.
PENSÉE.—Il n'a point eu horreur de moi, je n'aurai point horreur de lui parce qu'il est mort,
Et qui aurait le droit, si ce n'est moi qui suis sa femme de la saisir entre mes mains et de la garder sur mon sein comme sa possession?
ORSO.—Respectez ce reste insulté.
PENSÉE.—Il n'a point eu horreur de moi! Il est venu jusqu'à moi qui suis la dernière des femmes! Malheureuse, obscurcie, il est venu à moi quand il aurait pu en trouver une plus belle!
C'est moi qui l'ai blessé, de cette blessure inguérissable. C'est moi qui l'ai arraché à son Père, oui je sais que c'est à cause de moi qu'il est mort et qu'il n'est plus rien de visible.
Ah, qu'on me donne un voile de soie pour recevoir ce qui me reste de lui, qu'on me donne le linge le plus fin pour couvrir ces mains indignes!
ORSO.—Tout-à-l'heure vous serez seule avec lui.
PENSÉE.—Mais dès maintenant je puis me pencher sur lui et respirer son âme, cette bouffée de parfum qui monte de sa sépulture.
ORSO.—Il est mort et ce n'est plus par aucun de vos sens que vous êtes capable de l'atteindre.