PENSÉE.—Qui fera donc mûrir vos raisins, Monsieur le Jardinier? Qui fera descendre jusqu'à la main peu à peu la branche dont le fruit s'accroît?

ORIAN.—Nous saurons vous rendre captive, ô saison qui piquez toute chose avec votre flèche ardente! Nous saurons faire miel de votre or fugitif! Ici le temps n'est plus.

Ici j'ai détruit cet ennemi qui de tous lieux chassait notre cœur insatisfait et qu'on appelle le hasard. Ici les sens ont trouvé leur repos en ce lieu que l'intelligence a conjuré.

Voyez! Ces murailles de verdure presque noire sur qui vous n'avez aucune prise

Ne sont là que pour nous séparer du monde.

Tout ce que peut déverser un ciel d'été,

Il faut ces pins qui sont au-dessus de nous l'ombrage et la bénédiction, il faut pour amener notre œil jusqu'à cet imperceptible petit point de lumière là-haut, cette étoile vertigineuse, l'éboulement de ces sombres avalanches!

Ce palmier derrière vous (l'entendez-vous frémir?) est-ce qu'il ne s'y connaît pas en fait de royauté, le jardinier qui a fait place ici à ces cataractes végétales?

Le voici comme une éruption superbe et humble, qui de toutes parts retombe en une gerbe mélodieuse.

Et il y a aussi le cyprès mince, et droit pour nous parler de la mort.