Evidemment, les diverses coïncidences que nous venons de relater entre la suppression des Nouvelles, l’arrestation du pamphlétaire Mercier et la démission du duc d’Aiguillon, ne doivent pas être passées sous silence; mais elles ne peuvent fournir les éléments d’un acte d’accusation contre l’ancien ministre[626].

APPENDICE IV

LE DERNIER D’AIGUILLON.—SON ROLE A LA CONSTITUANTE ET A L’ARMÉE.—SON SÉJOUR A LONDRES.

Harcelé et vilipendé par les épigrammes et les pamphlets qui le représentaient, travesti en poissarde, au milieu des furies des 5 et 6 octobre, d’Aiguillon avait fini par s’émouvoir de tant d’outrages. Il en écrivit au Moniteur qui publia sa lettre dans le numéro du 21 janvier 1790 (quelle coïncidence!). Après avoir «résisté longtemps», disait-il, à sa mère, à ses parents, à ses amis qui le pressaient de démentir «les lâches accusations» portées contre lui, d’Aiguillon s’était décidé à se défendre, énumérait ses démarches auprès du comité des recherches de l’Assemblée nationale, de la ville de Paris, etc., etc. Il leur avait demandé de faire procéder à une enquête sur sa conduite. Il mettait au défi ses accusateurs d’établir le bien-fondé de leurs griefs. Et il poursuivrait, comme calomniateur, celui de ses ennemis qui renoncerait à l’anonymat, pour déclarer que d’Aiguillon était réellement coupable des «horreurs» qu’on lui prêtait.

Il ne paraît pas que cette invitation ait été relevée sur le terrain où se plaçait d’Aiguillon... Mais, le Journal général de la Cour et de la Ville, du 5 mai, ayant inséré un quatrain des plus injurieux, signé De Meude-Monpas où se lisait le mot d’Aiguill..., le député de la Constituante somma le journal et l’auteur de l’épigramme de s’expliquer catégoriquement. Meude-Monpas répondit qu’il n’avait pas entendu désigner sous le nom d’Aiguill... le duc d’Aiguillon. Celui-ci fit publier cette déclaration signée dans le nº 145 du Moniteur (25 mai 1790) en l’accompagnant d’un rappel de sa lettre parue le 21 janvier.

Mais la haine politique n’avait pas encore lâché sa proie. Et ce fut à la Constituante qu’elle vint la ressaisir, non plus dans sa personnalité, mais dans celle de son père.

Le nº 343 du Moniteur nous en fournit la preuve.

Au cours de la séance du mardi soir 7 décembre 1790, le député royaliste Cazalès s’exprimait ainsi:

«... La suppression d’un acte de procédure est une tyrannie. Qu’il me soit permis de rappeler à ces Bretons, qui siègent dans cette assemblée, quelle fut leur juste indignation, quand le feu roi fit enlever du greffe du Parlement de Paris la procédure dirigée contre M. d’Aiguillon. Cette indignation fut juste: la France la partagea. Il n’y eut pas un bon citoyen qui ne fût profondément affligé de voir le vertueux La Chalotais rester sous le coup d’une accusation calomnieuse, quand le coupable d’Aiguillon jouissait en paix des crimes qu’il avait commis dans cette province.»

Des murmures éclatèrent sur un grand nombre de bancs, car c’était surtout le fils qui était visé plus que le père. Et l’attaque était d’autant plus illogique que celui-ci avait défendu les prérogatives royales contre les Etats de Bretagne et que lui, Cazalès, combattait pour elles au sein de l’Assemblée nationale.