D’Aiguillon fils avait demandé la parole; il répondit en ces termes à l’attaque de son collègue:

«J’aurais plus tôt demandé la parole pour solliciter de l’Assemblée une justice éclatante des injures et des calomnies que M. Cazalès s’est permises contre la mémoire de mon père, si je n’avais considéré combien les principes de M. Cazalès ont peu d’influence sur l’Assemblée nationale et sur la nation (nombreux applaudissements), si je n’avais pensé que je devais les outrageantes personnalités de M. Cazalès à la différence d’opinion qui existe entre nous.

D’ailleurs les applaudissements que l’Assemblée a bien voulu me donner vengent assez, et moi, et la mémoire de mon père. Je demande donc que, pour ce qui me regarde personnellement, M. Cazalès ne soit pas rappelé à l’ordre (applaudissements prolongés).»

Cazalès regretta publiquement son intempérance de langage; mais elle n’en démontrait pas moins combien était encore vivace l’animosité qui avait survécu au brusque dénouement des affaires de Bretagne.

La Biographie universelle et portative des contemporains (1826) et les Papiers de Barthélemy (Paris, 1886, t. I) nous donnent la suite de la biographie de «Richelieu d’Aiguillon» jusqu’au moment de son départ pour l’émigration.

Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en qualité de maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement de Porentruy, il dut échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre coïncidence! Le père avait fait mettre le futur vainqueur de Valmy à la Bastille!)

Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et décrété d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et leurs compagnons de «hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne l’empêcha pas d’émigrer à son tour, mais, avant, il crut devoir expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta donc la France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il en partit pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai 1800; mais, au dire de la Biographie portative, il venait d’obtenir sa radiation de la liste des émigrés, ce que semble contredire la procédure suivie pour la vente du domaine et du château d’Aiguillon.

Les Mémoires de Brissot (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome III, cette note:

«Extrait des Mémoires du chanteur anglais Michel Kelly qui était en relations avec le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à Londres:

«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me dit-il, pour la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous m’avez traité, ainsi que mes amis. Mais bien que je sois toujours harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que je suis le duc d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling, cependant, je conserve ma santé et toutes mes facultés.