Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre cabriolets (petits meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule portative montée sur rhinocéros, 340 livres; une pendule à l’antique, 210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la famille Vignerot, compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des portraits, des vues et des monuments sans désignation.

A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché: «Dans une fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux flammes tous les tableaux qu’on avait retirés des églises, ceux qui représentaient des rois ou des princes, ou qui retraçaient quelques vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans les maisons des particuliers et au château d’Aiguillon. Tous ces tableaux, dont quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un tombereau qui suivait le cortège. On y remarquait le portrait de Louis XV, représenté en grand, le sceptre à la main, placé sur le devant du tombereau.» La Revue de l’Agenais (1878, tome V, p. 190) suppose que ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux religieux et les portraits des souverains (Louis XIII et Henri IV, inventaire de 1613) qui étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen.

M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du chroniqueur, et que l’autodafé se borna à la destruction des portraits de roi ou de prince. C’était déjà trop: les vandales qui croyaient faire œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales, pouvaient-ils savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les attributs de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant surtout du château d’Aiguillon?

En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans l’ancien couvent des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se préoccupa d’approprier un local pour le musée départemental. Le directeur des travaux publics communiqua son rapport constatant l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de dessin. Il fit préparer un local pour recevoir ces divers objets; et Tonellé, conducteur des travaux publics, fut chargé de l’aménagement.

Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une commission pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés au musée. Ce travail, confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631], «dans la forme imposée par la Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques publiques». La notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les plus rares et les plus précieux.

Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et M. Tholin les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879) par MM. Boudet, de Monbrison, A. Magen et Payen, architecte départemental:

Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux ans[632]); en déficit.

Pastels de Volaine;

Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau et dont la dimension contraste avec le genre du peintre qui était un miniaturiste. Ces vues sont à la préfecture;

Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?);