M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de l’importante bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de Bruxelles, que cette collection est moins riche que celle de d’Aiguillon pour certaines séries, «celle des auteurs français de musique dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et ballets».
PIÈCES JUSTIFICATIVES I
Archives de la Bastille, 12391 fº 198
Dossier Tort
Monsieur,
Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre mes hommages respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander afin de me prévenir des intentions du roi et de son ministre relativement à la conduite que je dois tenir sur quelques points essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été dans mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à mes maîtres, et il n’y a pas de sacrifices que je ne sois prêt à faire pour éviter un pareil inconvénient.
J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle contre M. de Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a cruellement persécuté en me faisant traîner dans différentes prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il a osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi, et publiquement, d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les intérêts de la France en vendant à prix d’argent les secrets de l’Etat à différents négociants anglais, etc...
Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de mourir dans l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies de droit. Ce dernier parti était sans doute dangereux parce que mes démarches, quoique très légales, pouvaient choquer à tout instant les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait par sa place.
Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des expédients pour tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai pas de meilleur que celui de supplier M. de Sartine de vouloir bien être le juge de la conduite que je me proposais de tenir. Ce magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de m’arrêter sur les objets qui pourraient m’attirer le blâme de la Cour, mais à cette condition que je le préviendrais d’avance de tous les partis que je serais dans le cas de prendre relativement à l’instance que j’allais commencer. Mes intentions étaient trop pures pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de Sartine. Je lui ai tenu scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de mille écarts. Mon innocence et ma fermeté ont fait le reste.
Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant heureusement parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point à me compromettre en faisant insérer des faits qui puissent intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai bientôt forcé de donner à mes juges et au public.
M. de Sartine avait encore bien voulu me promettre d’entendre la lecture de ces mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse.
Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés dans son successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de les mériter pouvait être compté pour quelque chose. Mais, puisque ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier de devenir l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses ministres que S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis et plus respectueux que moi.