[240] Il est vraiment curieux de constater quelle activité ce prince, toujours indolent et toujours ennuyé, apportait à sa correspondance secrète, menant plusieurs intrigues à la fois, au point de les confondre toutes dans un même imbroglio. Il avait un tempérament d’auteur dramatique, voire de chroniqueur. Un livre, récemment paru, les Nouvellistes, a démontré, d’après d’indiscutables documents, combien Louis XV recherchait les échos du jour, les anecdotes scandaleuses, les rapports de police, et pour dire le mot boulevardier, les potins qui défrayaient ses appétits de curiosité et mettaient à sa merci la vie intime de ses courtisans.—Mais après lui, le Secret du roi devint, qu’on nous passe le mot, le Secret de Polichinelle. Et un livre de Soulavie parut en 1793 (Paris, 2 vol.), qui divulguait la Politique de tous les Cabinets de l’Europe pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, contenant des pièces authentiques sur la correspondance secrète du comte de Broglie, un ouvrage dirigé par lui et exécuté par M. Favier.
[241] Il écrivait au roi, le 17 mars, qu’il venait de recevoir la visite de M. d’Aiguillon, et que celui-ci, en présence de la résistance opiniâtre opposée par le prince aux suggestions de Mᵐᵉ Du Barry, déclinait toute prétention au ministère; et lui, de Broglie, ajoutait: «J’attendrai avec respect ce qu’il plairait à Votre Majesté de faire de moi».
[242] Duc de Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 375. Evidemment le comte de Broglie était plutôt désigné pour la place que l’incapable Rohan, même assisté de Durand. Dès le 20 janvier 1771, il avait prévenu le roi des accords suggérés par Frédéric pour éviter une guerre entre la Russie et l’Autriche à propos de la Turquie, accords dont la Pologne devait payer les frais. L’inertie de La Vrillière et l’échauffourée de Dumouriez firent le reste.
[243] Corr. secrète d’Arneth-Flammermont. Lettre de Mercy à Kaunitz, du 19 décembre, t. II, p. 400.
[244] Corresp. secrète d’Arneth-Geffroy. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 23 janvier 1772, t. I, p. 263.
Il est vrai que, par manière de correctif, la Dauphine déclarait à Mercy: «Je suis bien décidée à en rester là; et cette femme n’entendra plus le son de ma voix».
[245] Geffroy. Gustave III et la Cour de France (Paris, 1867, 2 vol.), t. I, p. 249.—Vergennes, disgracié par Choiseul (Soulavie. Mémoires historiques, I, 120), avait été envoyé à Stockolm en mai 1771 par d’Aiguillon.
[246] AN.T 243. Lettre du 15 septembre 1772.
[247] Duc de Broglie. Le secret du roi, t. II, p. 385.
[248] Lettre du 12 janvier 1772, dans Boutaric. Correspondance secrète de Louis XV, 1866, 2 vol., t. I, p. 430.