A Madame la Marquise de Chabrillan,

Ce livre est dédié en témoignage de notre profonde et respectueuse gratitude.

C’est à elle, c’est aux documents d’archives familiales dont sa bienveillance nous ouvrit le trésor, que nous avons dû de mieux connaître, de mieux apprécier les vertus de son illustre aïeule, la duchesse d’Aiguillon, cette noble inspiratrice de notre travail.

Ainsi se perpétue d’âge en âge, entre de pieuses mains et pour le plus grand honneur de l’Histoire, ce culte éclairé de la tradition qui n’est pas une des moindres gloires de notre chère France.

Paul d’Estrée. Albert Callet.

PRÉFACE

Deux charmants érudits, M. Paul d’Estrée et M. A. Callet, ont uni leur savoir et leur talent pour écrire ce livre, dont le cadre est beaucoup plus vaste que le titre en sa modestie ne consent à nous l’indiquer; car voici en réalité une histoire de la fin du règne de Louis XV et du commencement de celui de Louis XVI, de cette époque inquiète, troublée, troublante, où, sans que les contemporains s’en doutassent, se jouaient, autour de futiles intrigues de Cour, les destinées d’un peuple, on peut dire d’une civilisation.

La bonne et intelligente duchesse d’Aiguillon sert de guide en ce dédale souvent confus—confus, non par le fait des auteurs, mais par celui des événements, multiples et complexes, qu’ils avaient à présenter. M. Paul d’Estrée est un historien du théâtre, un des plus brillants lauréats de la Société de l’Histoire du Théâtre, et peut-être nous pardonnera-t-il la familiarité trop grande de la comparaison que nous oserons hasarder, et sans doute nous la pardonnera-t-il d’autant plus volontiers que c’est du «petit» théâtre, du théâtre de foire et de tréteaux, qu’il s’est occupé avec le plus d’érudition et de succès. Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon nous fait penser en ce livre à une commère de revue; oh! à une commère très distinguée, très réservée, très grande dame; mais en somme à une commère qui joue en réalité un rôle secondaire dans l’ouvrage, mais qui en est le guide, parmi tant de faits divers et pressés l’un sur l’autre; guide gracieux qui permet au spectateur, je veux dire au lecteur, de comprendre et de s’y retrouver.

Et comme il s’agit d’un livre, notre commère ne parle pas comme en une pièce de théâtre, elle écrit—d’une plume alerte, limpide, intelligente et gracieusement française—des lettres qui sont autant de foyers de lumière dans l’ensemble du récit. Ces lettres, pour la plupart inédites, retrouvées par MM. Paul d’Estrée et A. Callet en des sources diverses, éclairent non seulement le caractère de l’active et charmante duchesse, mais les nombreux événements auxquels, de par les fonctions et les faits et gestes de son mari, elle s’est trouvée directement mêlée.