Il n’était pas jusqu’à la Curie romaine, d’ordinaire dans les meilleurs termes avec le gouvernement du Roi Très Chrétien, qui ne lui donnât de l’ennui. C’était surtout depuis l’expulsion des Jésuites. D’Aiguillon qui passait pour leur ami et qui savait la dévotion de Louis XV si souvent assiégé par la peur de l’enfer, avait préparé, avec Maupeou, une déclaration rappelant la congrégation, mais en la mettant sous l’autorité épiscopale. Or, les partisans des Jésuites étaient trop exclusifs; et le savant ouvrage de M. Frédéric Masson démontre, de reste, combien les négociations étaient épineuses[317] et le peu de chances qu’elles avaient d’aboutir.
Aussi s’explique-t-on le jugement, peut-être trop sévère, car il ne tenait pas assez compte des difficultés de l’heure, que portait Marie-Thérèse, sur le premier ministre de son «bon frère» le roi de France: «Doué de peu de génie et de talent et harcelé par les faits, il ne se trouve pas en mesure de nous susciter des embarras. Notre besogne serait bien plus difficile, si le duc de Choiseul, si bien intentionné qu’il était, se trouvait encore en place.»
Soit; mais quel bénéfice la France avait-elle tiré de l’alliance autrichienne?
XV
Comment d’Aiguillon devint ministre de la guerre.—Louis XV au Conseil.—Nouvelle attitude de la dauphine.—Projet de rappel de l’ancien Parlement.—Maladie et mort de Louis XV: départ de Mᵐᵉ Du Barry; les carrosses de Ruel.—Sérénité de d’Aiguillon.—Nouveaux brocards contre les anciens favoris.—Maurepas ministre d’Etat sans portefeuille.—Démission, acceptée, de d’Aiguillon.—Marie-Antoinette veut que le roi l’exile.—La joie du comte de Broglie et de Maupeou.—Deux portraits de d’Aiguillon.
Le 20 janvier 1774, écrit l’auteur des Mémoires du ministère d’Aiguillon, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères était «à l’apogée» de sa fortune. Le roi avait retiré le département de la guerre à Monteynard, compromis dans l’aventure de Broglie, pour le confier par interim à d’Aiguillon. La duchesse conte assez plaisamment ce coup de théâtre:
Ce lundi (sans date).
«Eh bien! Monsieur le chevalier, voilà donc encore votre ami surchargé d’affaires. Hier, après le Conseil, le roi l’appelle et lui dit: Je vous charge du département de la guerre, jusqu’à ce que j’aie trouvé quelqu’un qui me convienne. Je vous avertis que cela est difficile et que j’en trouverai difficilement. Il lui répondit:
—J’obéis aux volontés de Votre Majesté et je désire vivement qu’elle trouve quelqu’un à qui remettre ce dépôt.