(d’après Moreau et Le Paon)

Le 5 juin, trois jours avant le sacre, Marie-Antoinette mande Maurepas et lui tient ce langage[409]: «Monsieur, je ne vous vois point avec peine avoir la confiance du roi. Je connais votre probité, la droiture de vos intentions et votre désintéressement. Mais je ne puis vous déguiser que vous me trouverez contraire à tout projet de voir votre neveu dans ce pays-ci. J’ai lieu d’être mécontente de lui depuis longtemps. Vous l’avez soutenu et nous avons combattu l’un contre l’autre. Vous avez tenu des propos sur tout cela; j’en ai tenu de mon côté qui ne vous auront pas contenté. Laissons votre neveu loin d’ici et oublions de part et d’autre nos propos mutuels.»

Maurepas, pris au dépourvu, se confond en vagues protestations. La reine redouble de véhémence. Elle déclare qu’elle a obtenu du roi l’interdiction pour d’Aiguillon de se rendre à Reims et son ordre d’exil dans ses terres.—Mais, demande Maurepas, quels sont les nouveaux torts de mon neveu?

—Qu’importe? La mesure est comble. Il faut que le vase renverse.

—Mais, Madame, il semble que si le roi doit faire du mal à quelqu’un, ce ne saurait être par vous.

—Vous pouvez avoir raison; et je compte dorénavant n’en plus faire, mais je veux faire celui-là.

—Puis-je dire, Madame, que c’est votre volonté et non celle du roi?

—Soit, je prends tout sur moi.

Maurepas se rendit auprès de Louis XVI, qui, dès les premiers mots, déclara qu’il ne voulait se mêler de rien et qu’il laissait à sa femme le soin de régler le lieu et la durée de l’exil[410].