«J’ai toujours été persuadée, Monsieur, répondit Mme de Châteauroux, que le roi n’avait aucune part à tout ce qui s’est passé à mon sujet. Aussi, je n’ai jamais cessé d’avoir pour Sa Majesté le même respect et le même attachement. Je suis fâchée de n’être pas en état d’aller dès demain remercier le roi, mais j’irai samedi prochain, car je serai guérie.»

Maurepas balbutia quelques protestations contre des préventions dont il se prétendait victime. La duchesse l’écoutait avec une froideur dédaigneuse; elle lui laissa baiser sa main:

—«Cela ne coûte pas cher», lui dit-elle en le congédiant.

Mais elle avait trop présumé de ses forces. Dans la nuit qui suivit une visite désagréable pour les deux intéressés, la fièvre augmenta; puis des douleurs de tête insupportables, le délire, des cris furieux allant troubler à l’étage supérieur Mme de Lauraguais, alors en couches. Dans un des rares intervalles où reparut sa lucidité, Mme de Châteauroux se réconcilia avec Mme de Flavacourt, si injustement soupçonnée par elle et reçut les sacrements.

Le roi, tenu au courant, heure par heure, des progrès du mal, se désespérait. Il s’enfermait pour ne recevoir personne. Et, le 7 décembre, quand sa maîtresse entra en agonie, il ne put rester au Conseil qu’il présidait; il sortit en disant:

—«Messieurs, finissez le reste sans moi[293]

[293] Soulavie: Mémoires de Richelieu, t. VI, p. 79.

Mme de Châteauroux mourut le 8, et fut enterrée à Saint-Sulpice. On avait dû mettre, sur le chemin du convoi, le régiment du guet pour contenir la foule; car, si les courtisans qui avaient insulté la duchesse à Metz, avaient eu la bassesse d’aller s’inscrire à son hôtel pendant sa maladie, le peuple n’avait pas désarmé; et sa colère grondait encore contre «Madame Enroux».

Cette mort, presque foudroyante et comme mystérieuse, d’une femme âgée à peine de vingt-sept ans, donna naissance à de nombreux commentaires et souleva même des discussions passionnées. Les symptômes qui l’avaient précédée, semblent être ceux de la méningite. Mais l’opinion publique ne voulut y voir que les indices d’un poison subtil. Depuis les crimes des Brinvilliers et des Voisin, on n’expliquait jamais autrement une fin prématurée. Les soupçons se portèrent sur Maurepas: Mme de Châteauroux, insinuait-on, avait à peine dit au ministre: «Donnez-moi la lettre (celle du roi) et allez vous-en», qu’elle avait senti, en lisant le billet, des douleurs atroces aux yeux et à la tête[294].

Lauraguais, l’éditeur, sinon l’auteur, des Mémoires de Mme de Brancas, crut devoir interroger à cet égard l’ami et collaborateur de Maurepas, le comte de Caylus.