«Lui, un empoisonneur! fit l’auteur des Étrennes de la Saint-Jean; il est encore plus incapable de crimes que de vertus[295]!»
Et l’Histoire est de cet avis.
[294] [295] Mémoires de la duchesse de Brancas, pp. 103-106.
CHAPITRE XVII
Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de Mme de Châteauroux. — Comment il organise les fêtes du premier mariage du Dauphin. — Futilités de l’étiquette. — L’abbesse du Trésor. — Préparatifs de départ pour l’armée: l’incident Champenois. — D’après plusieurs historiens, Richelieu serait le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce aux Archives de la Guerre. — Conflit avec la Reine: toujours la question d’étiquette. — Disgrâce du Théâtre de la Foire. — Échange de mauvais procédés entre Richelieu et le Maréchal de Saxe pour la Comédie en Flandre.
Richelieu présidait les États à Montpellier, quand lui parvint la nouvelle d’une mort qui ruinait ses plus secrètes espérances. Il en fut atterré. Lui aussi crut au crime et l’attribua au comte d’Argenson[296], dont l’attitude équivoque, à Metz, l’avait quelque peu inquiété.
—«C’est moi qu’on empoisonne, s’écria-t-il, j’étais sûr de la généralité des galères!...»
[296] Biographie Michaud: Article Durozoir qui emprunte l’anecdote aux Souvenirs de deux anciens militaires, par Fortia de Piles et Guys de Saint-Charles (1813), p. 63.—D’après la Vie privée de Faur (tome II), Mme de Monconseil, de qui se méfiait Mme de Tencin, parce qu’au dire de celle-ci elle était la maîtresse du comte d’Argenson, Mme de Monconseil avait entendu Richelieu affirmer que Mme de Châteauroux «était morte victime de la cabale des prêtres»: le propos n’était pas invraisemblable dans la bouche de cet ennemi, masqué, du clergé.
Il avait rêvé, en effet, cette charge éminente, rappelant celle de «grand-maître de la navigation», dont le Cardinal avait été revêtu; bien mieux, il en convoitait une autre, que le roi rétablirait, disait-il, pour lui, par manière de récompense, celle de connétable. Du même coup, Mme de Tencin voyait s’évanouir ses dernières illusions; son activité débordante n’avait que trop trahi l’âpreté de son ambition. Mise d’abord à l’écart, elle tenta bien, plus tard, de reprendre, auprès de Mme de Pompadour, le double rôle de confidente et de conseillère; mais «Madame la Marquise», déjà mal disposée pour Richelieu, la tint résolument à distance.