Richelieu, «extrêmement piqué», en écrivit à l’abbé, au surintendant Destouches et même à la duchesse de Luynes, dame de la reine, qui s’empressa de montrer la lettre à Marie Lesczinska. Le poulet vaut d’être cité pour son impertinence:

«Au camp sous Tournay, le 23 mai 1745,

«Je n’ai pu me dispenser, Madame, de rendre compte au roi que, nonobstant ses décisions en faveur des maîtres de musique de la Chambre, l’abbé Blanchard avait su trouver des protections auprès de la reine qui lui avaient fait exécuter le Te Deum, chanté pour la bataille de Fontenoy, ce que Sa Majesté a fort désapprouvé; et je ne vous dissimulerai point, Madame, que, sans les bontés dont je sais que vous honorez l’abbé Blanchard, j’aurais proposé au roi de le punir de sa témérité, d’avoir osé réveiller un procès perdu et jugé il y a longtemps. Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveillait pour le Te Deum de la prise de Tournay, je vous supplierais, Madame, de vouloir bien rendre compte à la reine des ordres du roi.

«Je vous prie d’être persuadée du respect, etc.

Le duc de Richelieu.»

La reine, qui, de longue date, ne pouvait souffrir Richelieu, voulait que Mme de Luynes lui répliquât vertement; mais la duchesse, par prudence, adoucit les termes de sa réponse qui n’en était pas moins très ferme et très digne:

Versailles, 25 mai 1745,

«J’ai rendu compte à la reine, Monsieur, des ordres du roi. Elle m’a dit simplement qu’elle les avait prévenus, en demandant un Te Deum jeudi par les musiciens de la Chambre pour la victoire que le roi a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni protection, ni prédilection à ces Messieurs et vous pourrez punir ou récompenser à votre choix. Je n’ai vu que du zèle de part et d’autre, et je doute que cela puisse déplaire au roi, si vous voulez bien leur rendre justice[321]

[321] Journal de Luynes, t. VI, pp. 460-461.

Un mois après, c’était encore un échange de lettres entre le duc de Richelieu et Mme de Luynes, à propos de dames «qui avaient fait demander à la reine d’avoir l’honneur de manger avec elle». Le roi, consulté par son premier gentilhomme, lui avait répondu «qu’au milieu des sièges et des batailles il n’avait pas le temps de songer à de pareilles affaires». Mais ces dames revenant à la charge, une troisième lettre de Richelieu leur apprit que «le roi trouvait bon qu’elles mangeassent avec la reine et montassent dans les carrosses[322]».