Au reste, l’homme de Cour était tiraillé entre tant de menues besognes, qu’il lui fallait ajourner à une date, plutôt lointaine, la campagne d’éviction qu’il ménageait à la favorite. C’étaient toujours les questions d’étiquette qui venaient solliciter le plus instamment son attention, entre l’ordonnance des fêtes royales et le service militaire en Flandre, à Rocoux, par exemple, au cours de cette journée glorieuse pour les armes françaises, où Richelieu se distingua encore par son impétueuse valeur.

Il venait d’apprendre que Louis XV se proposait d’accorder des privilèges aux fils des princes légitimés, et il réclamait des compensations pour les ducs et pairs.

—«Parlez-en à Maurepas», lui répondit le roi, qui avait parfois le mot pour rire.

Richelieu se rendit cependant chez son ennemi avec le duc de Gesvres. Le ministre désira des précisions. Richelieu dépêcha aussitôt un courrier au château de la Ferté, chez Saint-Simon, ce misanthrope d’abord difficile, mais fort au courant des usages protocolaires. Gesvres alla trouver Mme de Pompadour; mais il était trop tard, Louis XV promit une solution pour l’année 1747[342].

[342] Journal du duc de Luynes, t. VII, p. 273.—Soulavie (t. VIII, p. 49) parle, en termes presque identiques, de l’incident; il ajoute: «Richelieu et Maurepas disputèrent longuement sur les prérogatives et sur le cérémonial (la Cène et l’adoration de la Croix), en présence du duc de Gesvres.»

Entre temps, Richelieu «se donnait de grands mouvements», comme on disait alors, en faveur de ses amis. Il faisait nommer au diocèse de Paris l’archevêque de Vienne; et, à six semaines de là, il enlevait l’élection de Voltaire à l’Académie, en remplacement du Président Bouhier, après avoir vivement engagé le roi à notifier ses intentions aux Quarante. C’était sa manière à lui de pratiquer le système des compensations.

Vers la fin de 1746, il était envoyé à Dresde, comme ambassadeur extraordinaire auprès de l’électeur de Saxe, roi de Pologne. C’était aussi une... compensation à sa déception de Dunkerque, compensation qu’il devait, disent les Mémoires Authentiques, à Mme de Pompadour.

La première Dauphine était morte en juillet 1746; et Louis XV demandait pour son fils la main de la princesse Marie-Josèphe de Saxe. Officieusement, Auguste III l’avait accordée; mais son premier ministre, le comte de Brühl, avait écrit de Varsovie, le 7 novembre[343], à M. de Loss, ambassadeur du roi à Versailles, afin qu’il empêchât, le plus honnêtement du monde, le départ de Richelieu pour Dresde.

[343] Comte Vitzthum d’Eckstaedt: Maurice comte de Saxe et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France, d’après les Archives de Dresde (1867), pp. 82 et suiv.—Duc de Broglie: Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson, 2 vol., 1893.

La réception de ce grand seigneur, réputé pour son train fastueux, n’était pas sans inquiéter Sa Majesté polonaise qui était plutôt économe. Puis, pourquoi ne pas laisser cette mission au seul marquis des Issarts, l’ambassadeur ordinaire de France, persona grata, «qui en serait si flatté»? D’ailleurs, concluait M. de Brühl, à quoi bon «mêler de la politique dans le contrat de mariage? Par tendresse pour la Dauphine sa fille, Sa Majesté fera, sans cela, tout ce qu’elle pourra pour complaire au roi de France.»