Ramenez la paix avec eux,

Ainsi que vous eûtes la gloire,

Aux campagnes de Fontenoy,

De ramener aux pieds du roi

Les étendards de la Victoire.

Richelieu, enchanté, abonde en ce sens. Il écrit à Versailles le 27 et rend compte en même temps à Loss de ses impressions personnelles, impressions qu’il a communiquées au roi et qui, «sûrement lui feront grand plaisir». Il ne tarit pas en éloges sur la grâce et sur la figure aimable de la Dauphine. Puis, «il a été reçu avec une magnificence et une distinction si grandes qu’il ne peut assez dire combien le roi doit être sensible à ces distinctions singulières que Sa Majesté polonaise veut bien faire à son ambassadeur».

Avec le Maréchal de Saxe il est plus explicite encore; et, là, nous retrouvons notre Richelieu des grands jours, vif, gai, spirituel, amusant, un tantinet badin, qui doit regretter la patrie absente, car il parle de théâtre, mais il sait que Maurice a des raisons personnelles pour ne pas détester ce genre de conversation; et il croque en trois coups de crayon, le modèle, qui sans le savoir, vient de poser devant lui. Il a vu Madame la Dauphine, «telle que M. le comte de Friesen l’avait dépeinte et non pas telle que le portrait que le roi en avait reçu en pouvait faire juger». Cette copie devait être abominable. Mais Richelieu rétablit la vérité: «Le roi et la reine de Pologne ont exigé que je n’en dise pas trop; mais j’ai beaucoup de peine à leur obéir et je crois devoir vous dire que je l’ai trouvée réellement charmante. Ce n’est point du tout cependant une beauté, mais c’est toutes les grâces imaginables, un gros nez, de grosses lèvres fraîches, les yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels; et enfin je vous assure que, s’il y avait de pareilles à l’Opéra, il y aurait presse à y mettre l’enchère. Je ne vous dis rien de trop, mais je n’en dis pas autant aux autres...»

En réalité, après avoir fait le nécessaire pour que les négociations consenties par les deux souverains, puis menées par Sa Majesté polonaise, ne fussent point retardées, dans leur marche pacificatrice, par le mauvais vouloir de la Cour de Vienne, Richelieu laissa dormir la haute politique pendant son séjour à Dresde, pour ne plus remplir que son mandat ostensible d’ambassadeur matrimonial. Grâce à sa belle humeur, à sa courtoisie, à son aménité, il devint l’idole de tous, il sut conquérir le roi, la reine et les seigneurs de la Cour. Il ne dédaignait pas de descendre aux plus minces détails et jusqu’aux plus minutieuses enquêtes pour connaître les habitudes et les goûts de la future Dauphine.

Il demandait à l’aya (la gouvernante) quels étaient les livres et les divertissements préférés de la princesse; et sa sollicitude s’étendait jusqu’au dénombrement et à la nature des maladies de l’enfant et de la jeune fille.

Par l’intermédiaire de Mme de Lauraguais, maîtresse dévouée, amie fidèle et intelligente, il avait fait venir, à la Cour de Saxe, un tailleur parisien, pour prendre les mesures de la fiancée. Cet homme était rentré en France, ravi de la figure, de la grâce et de la... taille de son auguste cliente. Il rapportait avec lui une boucle des cheveux de la princesse qui fit l’admiration de Versailles.