[354] Voltaire: Lettre de Richelieu, 28 mars 1756.—Voltaire avait adressé à Richelieu une épître sur cette statue. La Correspondance de Grimm (édit. M. Tourneux, t. I) publie la réponse en vers de Richelieu, qui n’est évidemment pas du Maréchal, dans une lettre de Raynal.

[355] Nati: Vie d’artistes génois.

[356] Alizer: Guide artistique, 1846, p. 94.

[357] Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, t. I, p. 24.

Le nouveau Maréchal de France quitta Gênes le 10 novembre.

Il revenait, fort de l’autorité que lui donnait son heureuse campagne, et comptait bien, d’accord avec d’Argenson, le ministre de la Guerre, Machault, le contrôleur général et même Maurepas, offrir au roi une maîtresse digne de lui[358]. Il s’étonnait, de bonne foi, de n’être pas encore du Conseil. Le 2 janvier 1749, il était affectueusement reçu par Louis XV, qui, le soir, à l’issue du souper, s’enfermait avec lui jusqu’à deux heures après minuit. Et le marquis d’Argenson—la Bête!—de tirer d’étonnants pronostics d’une telle faveur: «Ce sera, avec la Cour, le fameux duc d’Épernon et avec le roi le cardinal de Richelieu: certes le cardinal de Richelieu n’avait pas le courage de cœur qu’a son neveu; aussi n’était-il qu’un prêtre[359]

[358] «Richelieu, vainqueur à Gênes, écrit le Marquis d’Argenson, était considéré comme le Messie qui devait donner de bons coups de collier pour la gloire et la sûreté du royaume, et chasser la maîtresse roturière et tyrannique du royaume, pour en donner une autre.»

[359] D’Argenson: Mémoires, t. V, p. 87.

Le Maréchal avait encore dans son jeu un atout d’importance. Premier gentilhomme de la Chambre, en exercice, avec l’année qui commençait, il ne perdait pas un seul instant le contact de la Cour. Il surveillait les intrigues de ses adversaires, pouvait en ourdir de nouvelles et avait la haute main sur les spectacles et les fêtes dont on s’était efforcé, pendant son absence, de lui subtiliser la direction.

En effet, il avait appris, à Gênes, que M. de Cury (ou Curys) se proposait d’acheter de Bonneval la charge d’Intendant des Menus, sur le désir de Mme de Pompadour, conseillée par son grand ami, le duc de la Vallière. Déjà celui-ci, entrant dans les vues de la favorite, soucieuse de distraire un monarque toujours ennuyé, avait ordonné et dirigé la construction du Théâtre des Cabinets sur le grand escalier des Ambassadeurs à Versailles; mais Richelieu, perpétuellement féru de ses prérogatives, avait adressé au roi «une lettre très respectueuse, et très forte[360]», à propos de cet empiètement sur les fonctions des premiers gentilshommes de la Chambre. En ce qui concernait Cury, il écrivit, le plus courtoisement du monde, à la Marquise, que son protégé étant depuis longtemps de ses amis, à lui Richelieu, il serait ravi de faire plaisir à Mme de Pompadour; mais il se garda bien de lui engager sa parole. D’un autre côté, il écrivait à son collègue, le duc de Gesvres, pour désapprouver la candidature de Cury; et ce malheureux de Gesvres, ne sachant que répondre aux sollicitations de la Marquise, prétendait n’avoir reçu aucune lettre de Richelieu. Celui-ci, de retour à Paris, avisant Cury chez Mme de Pompadour, «l’avait, durant trois heures, embrassé», complimenté, accablé d’amitiés, mais sans prendre de décision ferme[361].