[500] Marquis de Valfons: Souvenirs (2me édition Émile-Paul), p. 282.
D’après les Souvenirs de Mme de Beauvau (p. 60), Richelieu avait consulté son ancien compagnon d’armes à Minorque sur la conduite à tenir en Allemagne, pour faire observer la discipline dans les rangs de l’armée. Il présenta au roi des Mémoires de Beauvau qui concluaient au ravitaillement régulier et complet des troupes privées de vivres et de ce fait indisciplinées. Le Maréchal de Belle-Isle, bientôt ministre de la guerre, ordonna aussitôt d’augmenter la ration des troupes.
CHAPITRE XXVI
Campagne de Hanovre. — Instructions données au Maréchal de Richelieu. — Sa marche foudroyante. — La Convention de Closter-Seven. — L’imprudence du vainqueur. — Appréhensions de Frédéric II. — Désaccord de Bernis avec Richelieu: tergiversations de la Cour de Versailles et mauvaise foi du Cabinet de Saint-James. — Sommations tardives et impuissantes du Maréchal aux chefs de l’armée vaincue. — Conséquences du désastre de Rosbach. — Entrée en campagne de Ferdinand de Brunswick. — Comment Richelieu le contient. — Il demande son rappel: le comte de Clermont le remplace.
Nous sommes arrivé au point culminant de la vie politique et militaire du Maréchal de Richelieu, à ce moment critique, où la Fortune, qui semblait l’avoir pris par la main, pour le conduire, en pleine lumière, aux plus hautes destinées, se déroba tout-à-coup, le laissant, au milieu des ténèbres, dans le plus complet désarroi. Il volait au triomphe et se vit soudain entravé. Il était le maître à Closter-Seven et ne sut empêcher Rosbach.
Un de ses panégyristes à outrance, qui se pose trop volontiers en profond psychologue, résume assez bien cette étrange situation de Richelieu, réserve faite du rôle tendancieux attribué par l’historien à la coterie philosophique:
«L’auteur a trouvé les véritables causes de la perte de la bataille de Rosbach dans le manque de foi des signataires de la capitulation de Closter-Seven, révélation immense pour notre gloire nationale, trahie, vendue par les écrivains philosophes dévoués au roi de Prusse.
«Voici les faits:
«Le Maréchal de Richelieu marche en avant, occupe Hanovre le 14 août, Brunswick le 18, Bremen le 22. Il accule le duc de Cumberland entre l’Elbe et la mer, et alors est signée la Convention de Closter-Seven, puis l’acte supplémentaire (28 septembre). Les troupes allemandes au service de l’Angleterre doivent être renvoyées et les Anglais demeurer dans le Holstein sous la garantie du roi de Danemark (1757). La première partie des instructions données au Maréchal de Richelieu est ainsi accomplie. L’armée anglaise est dissoute: il va marcher sur le roi de Prusse pour l’acculer sur le corps du prince de Soubise, lorsqu’il est tout d’un coup arrêté par le refus que fait l’Angleterre de ratifier la convention; les soldats allemands au service du duc de Cumberland vont rejoindre le corps prussien du prince Ferdinand (et pourtant ils avaient promis de ne plus servir contre la France) et c’est alors que Frédéric tombe sur le prince de Soubise à Rosbach[501].»