[501] Capefigue: Le Maréchal de Richelieu, 1857 (p. 8).
Ce que ne dit pas cet apologiste de la stratégie de Richelieu, c’est que le Maréchal commit une faute qui lui fit perdre tous les bénéfices de sa glorieuse campagne; mais si son erreur comporte, dans une certaine mesure, des circonstances atténuantes, la mauvaise foi de l’Angleterre n’admet aucune excuse.
Le 17 juillet 1757, avant son départ, le nouveau généralissime recevait du roi des instructions[502] corroborant celles dont le comte d’Estrées avait été précédemment muni:
«Lorsque Sa Majesté, déclarait ce document, a pris la résolution, au mois de juin dernier, d’assembler deux nouvelles armées en Alsace, sous les ordres du Maréchal de Richelieu et du prince de Soubise, elle avait principalement en vue de faire une diversion puissante en Allemagne, capable d’arrêter les progrès du roi de Prusse, d’intimider les princes de l’Empire, qui paraissent disposés à se prêter aux projets dangereux de ce prince...»
[502] Bibliothèque de l’Arsenal, Manuscrit 4518: Portefeuille d’Argenson, Papiers Montboissier fo 145.—La pièce est reproduite dans la Correspondance (imprimée) de Richelieu avec Pâris-Duverney en 1756, 1757, 1758, pendant la campagne d’Allemagne.
Ces instructions laissaient «à la capacité, à l’expérience, aux lumières» du Maréchal, le soin de «prendre le parti le meilleur et le plus convenable», pour opérer avec succès contre le duc de Cumberland.
Ce document visait le siège éventuel de Magdebourg; mais «on ne saurait se flatter d’en exécuter le plan qu’en rejetant l’ennemi, dès cette année, au-delà de l’Elbe.»
Il fallait, en outre, «disposer du pays entre l’Elbe et le Weser pour assurer les subsistances de l’armée..., s’occuper de l’état et de l’entretien des chemins pour le ravitaillement et autres opérations de guerre...» Enfin le général en chef devait rester en communication ininterrompue avec le prince de Soubise et même avec le duc de Saxe-Hilderburghausen qui commandait l’armée des Cercles, destinée à se fondre dans le corps dirigé par le prince de Soubise.
Il fallait encore tenir la main à «la rigide observation de la discipline» et surtout «punir la maraude...»
La correspondance, échangée entre le Maréchal de Richelieu et Pâris-Duverney[503], note la marche rapide du généralissime et l’embouteillage—si le mot avait été d’usage à cette époque—de l’armée de Cumberland dans le camp de Stade. Elle précise nettement l’attitude adoptée par le Conseiller d’État au cours de la campagne et son impérieux désir de faire prévaloir ses idées personnelles dans les services d’intendance. Son mémoire «sur les raisons spéciales qui doivent engager le Maréchal de Richelieu à prendre ses quartiers d’hiver à Halberstadt;» ses «réflexions sur la situation de l’armée du roi entre le Weser et l’Elbe,» à la date du 13 août, disent assez l’autorité que lui donnaient, à la Cour, son crédit, ses relations, ses attributions officielles et surtout son indiscutable compétence.