[184] Comtesse d’Armaillé: La comtesse d’Egmont (Paris, 1890), p. 3.—Le prince de Dombes était le gouverneur officiel; et Richelieu commandait pour le roi, mais il était, de fait, le gouverneur de la province; nous lui en conserverons le titre.

Richelieu y prenait une succession difficile. Les catholiques, les protestants, les juifs même étaient toujours en état de conflit. Et, pour faire tomber le bouillonnement de ces cerveaux surchauffés, le représentant du roi dut mettre en jeu toutes les ressources d’une diplomatie que lui rendait familière l’adroite et aimable souplesse de son esprit insinuant. Les débuts de Richelieu en Languedoc furent un coup de maître; et le témoignage précieux d’un contemporain vient corroborer une impression qui fut générale. Le marquis de Valfons raconte la scène en ces termes:

... «Je menais une vie très retirée, jusqu’au passage du duc de Richelieu qui venait commander pour la première fois en Languedoc (1739). Il soupa à l’évêché. Je ne voulus pas me mettre à table pour être plus à portée de lui faire ma cour. Je l’avais vu à l’armée. Il ne cherchait qu’à plaire et y réussissait à coup sûr. Au premier mot que je lui dis, son accueil fut charmant; la joie qu’on avait de le voir se peignait dans tous les yeux. Il voulut l’augmenter encore par ses caresses et sa coquetterie naturelle.

—«Vous êtes bien jeune pour ne pas souper, me dit-il.

—«Monsieur le duc, lui répondis-je, on soupe tous les jours et les instants de se rapprocher de vos bontés sont trop courts.»

«Alors éloignant sa chaise et me faisant placer près de lui:

—«Mettez-vous là, je le veux.»

«Et tout de suite, il me fit mille questions. A la fin de souper, il me dit: «Vous viendrez à Montpellier m’aider à faire les honneurs d’un bal que j’y donne lundi prochain. Mme de Richelieu sera arrivée. Je vous présenterai: elle vous recevra bien, car vous ressemblez parfaitement au duc de la Trémoïlle qui est son parent et qu’elle aime beaucoup; du reste vous ne deviez pas l’ignorer: on a dû vous le dire souvent.»

«Je fus à Montpellier où il me reçut avec bonté et me mena aussitôt à la toilette de Mme de Richelieu, qui, de la meilleure foi du monde, me prenant pour son cousin, me dit: «Voilà une belle plaisanterie de changer de nom et d’uniforme. Eh pourquoi ne m’avez-vous pas dit à Paris la galanterie que vous me faites de venir aux États?»

«M. de Richelieu m’accabla de bontés et m’ordonna de n’avoir pas d’autre maison que la sienne[185]