-Messieurs, dit gaiement le lieutenant de vaisseau Morin, voilà le moment de nous distinguer. Il y a un pont à construire. Deux ou trois jours au moins sont nécessaires.
Il ne fallait pas songer en effet à contourner le canal. Le malencontreux cours d'eau s'enfonçait à plusieurs kilomètres dans l'intérieur de la forêt.
On se mit à l'œuvre.
Une sonnette rudimentaire fut montée pour le battage des pilotis.
Pour cela, on croisa trois branches moyennes, on accrocha, au sommet de ce trépied une poulie et l'on suspendit à l'une des extrémités de la corde, un gros caillou, remplissant l'office de mouton.
En moins de deux jours, les rangées de pilotis étaient prêtes à recevoir la charpente de l'estacade.
Pendant que les ouvriers travaillaient avec une ardeur fébrile,—tout le monde avait hâte d'arriver au plus vite à la route libre,—les officiers faisaient de fréquentes battues aux alentours.
La rencontre des naturels de Uanâo n'était pas sans leur laisser quelque inquiétude, mais rien ne parut devoir justifier leurs appréhensions.
A la fin du troisième jour, le plancher et le pont rustique reliaient les deux rives de la nappe liquide. On décida de passer le lendemain.
Toute la nuit les sentinelles veillèrent.—Les petits postes furent sur leurs gardes.