Peu à peu, les pirogues, vigoureusement menées par les Bouzyris, perdirent de vue les paillottes du village et les baraquements du camp de M. Liotard.
Sans aucune difficulté la petite flottille atteignit le poste avancé de Zémio.
C'était la dernière station où le hardi capitaine, ses soldats et ses porteurs pourraient jouir d'un repos paisible.
Au delà, c'était le hasard, le vague, l'inconnu absolu. Aucune carte de ces régions n'existait, car on ne peut donner ce nom à certaines conceptions fantaisistes sans aucune valeur réelle.
Fort heureusement, Baratier constatait que le M'Bomou continuait à être navigable. Sur chaque rive, baignant dans les eaux ses dernières rangées d'arbres, d'arbustes, de lianes touffues, la forêt sans fin formait une falaise de verdure.
Se frayer une route de cinq mètres de large à travers ce fouillis de végétaux, et cela pendant des centaines de kilomètres, représentait un travail si colossal que jamais on n'en serait venu à bout.
Si le M'Bomou supérieur ne se montrait pas praticable, c'était, pour le commandant Marchand, une déception cruelle.
Aussi, le capitaine voyait avec joie le cours d'eau rester profond, le courant à peu près régulier.
Mais ce qui devait être un bonheur pour la mission entière faillit causer la perte de la troupe d'avant-garde.
En pratiquant des sondages pour reconnaître le chenal et le baliser, une des pirogues chavira.