Bon... faut tout de même partir.
C'est le 8 août 1897.
Le reste de la mission nous suivra à dix jours d'intervalle.
Le commandant est là qui nous regarde nous embarquer. Il serre la main au capitaine Germain.
Encore un crâne officier, va, le commandant. Je suis plus grand que lui, bien que j'aie une taille de Parisien et que la tour Eiffel m'humilie; seulement, il vous a une paire d'yeux...! faudrait avoir une jolie santé pour faire de la rouspétance avec lui.
Et puis brave homme avec ça; veillant sur ses troupiers comme un père. Si fatigué qu'il soit, car il se fatigue autant que nous, il fait sa ronde matin et soir, pour s'assurer que chacun prend bien sa ration de quinine.
La quinine, c'est le bonbon des Africains. Vrai, rien n'est meilleur. Sans elle, on ne marcherait pas huit jours.
On embarque.
Les pagaieurs se mettent à ramer et nos pirogues glissent, glissent comme des vraies flèches. Je crois bien qu'aux régates d'Asnières, les nègres dégoteraient les yoles du Cercle nautique de la Basse-Seine.
Il fait une chaleur, bon sang! Je passe mon temps à tremper un mouchoir dans l'eau et à me le coller sur la tête.