C'est donc une mission d'amoureux que le Congo-Nil.

Après tout, c'est une bonne chose. Cela soutient de penser qu'à des milliers de lieues, il y a des êtres qui nous aiment et qui nous attendent.

Papa, Louise... il y a le vent du Sud qui souffle; il va vers vous, vers Paris, je vous envoie des baisers par ce messager. Quand les recevrez-vous?

30 août.—Un petit coup de fièvre. Presque rien. Deux doses de quinquina l'ont fait sauver.

C'est curieux, cette bilieuse, comme ça fait mal à l'estomac. On dirait qu'on a avalé un charbon rouge.

1er septembre.—Voilà la rivière Bokou, le poste laissé par Baratier. Les tirailleurs accourent sur le rivage. Ils nous font des signes d'amitié.

On débarque et l'on s'embrasse. Je crois bien que j'ai donné l'accolade à une demi-douzaine de Sénégalais.

Encore une idée que je n'aurais pas eue à Paris. Mais il semble qu'ici, on est tous des amis et des frères.

Sans compter que les tirailleurs sont épatants. Rien de plus brave, de plus endurant, de plus dévoué que ces Français à face noire. Et ils détestent les Anglais, faut voir. Ils ont même un dicton qu'il faut que je te marque.

—Igli, disent-ils (Igli, ça veut dire Anglais), Igli, grandes dents; li mettre tout dans ventre à li, li manger la case et le champ, et pi couper noir en quatre.