25 septembre.—Nous sommes sur les rives du Soueh.
Voilà quatre jours que je n'ai pu toucher à ce journal, cette chère correspondance que je ne puis vous envoyer, mais qui me relie à vous.
C'est un ami, ce journal. Je lui dis tout ce que je pense. Tout, non, car sans cela vos deux noms se retrouveraient à chaque ligne.
Je suis las, las... J'ai les jambes qui me rentrent dans le corps. Nous en avons fait un métier depuis le départ de N'Boona.
On s'était reposé à bord des pirogues; mais on s'est éreinté ces jours-ci.
Cent soixante kilomètres en huit jours, ça n'a l'air de rien, n'est-ce pas. Cela nous donne une moyenne de vingt kilomètres par jour.
Seulement ces kilomètres-là comptent double, et même triple.
C'est à travers la brousse qu'il faut se frayer un chemin.
A chaque instant, on rencontre des marigots qu'il faut tourner, des cours d'eau qu'il faut franchir. On cherche un gué, on passe avec de l'eau jusqu'aux genoux, jusqu'aux reins, quelquefois jusqu'aux épaules.
Paraît que nous entrons dans la région des marécages, la vraie région. Ceux du Bas-M'Bomou n'étaient que de la petite bière, comme qui dirait un apéritif, pour nous mettre en goût.