On est toujours trempé, un vrai bain de vapeur. C'est le Hammam à perpétuité.

Bah! on a de la quinine. Avant le départ, le commandant nous a fait prendre à chacun une petite provision de la bonne poudre. Pour qu'elle ne soit pas mouillée, j'ai mis la mienne au fond de mon salacco.

Et j'en deviens gourmand, je m'en offre de temps en temps. Aussi pas de fièvre, ou du moins si peu, que ce n'est pas la peine d'en parler.

Je me moque de la «bilieuse». Il y en a un autre qui s'en moque encore plus que moi. C'est le commandant.

Non, vrai, cet homme-là a une volonté de fer, et si l'on avait l'idée de reculer, il n'y aurait qu'à le regarder pour changer d'avis.

Il a la fièvre lui, il l'a à haute dose; mais cela ne l'arrête pas. Il la domine. J'ai entendu raconter que certains malades battent la maladie par la volonté. Eh bien, c'est vrai. Marchand est malade, mais il ne veut pas se plier devant le mal... Et il ne plie pas.

C'est égal, quand je pense qu'il faudra traîner les vapeurs et les chalands par le chemin que nous venons de parcourir, j'en ai chaud.

Je sais bien que les autres recrutent des porteurs pendant notre absence, mais en trouveront-ils assez?

Enfin, ce n'est pas tout ça. Le commandant vient de faire abattre un arbre superbe, droit comme un I et gros... il a au moins un mètre cinquante de diamètre.