Y entrer, chacun s'en sentait le courage évidemment.
Mais pas un ne croyait qu'il fût possible de mener à bonne fin la traversée de ce pays inondé.
Et le commandant Marchand traduisit la pensée de tous en disant:
—Comme chef de la mission Congo-Nil, mon cher ami, je suis fier que la proposition ait été faite, mais je ne saurais en autoriser l'exécution. Si je supposais avoir une chance de traverser ce maudit marais, je vous donne ma parole que, depuis deux mois, nous serions entrés à Fachoda.
Mais Baratier est un homme tenace.
Quand il a une idée en tête, il est difficile de l'en extirper.
Et puis, c'est un homme d'action.
L'action la plus téméraire lui semble préférable à l'angoisse de l'attente.
Et puis, et puis, lui qui avait été constamment à l'avant-garde, sentait peut-être une douleur plus cuisante, à la pensée que des étrangers, des adversaires, rendraient inutiles deux années de lutte, deux années d'incroyables efforts.
Il insista donc.