Il fit valoir sa connaissance du pays. Après tout, les marais, il connaissait cela.
N'en avait-on pas rencontré assez dans le Bas-M'Bomou.
Le Bahr-el-Ghazal était un marais plus grand, voilà tout.
Puis il fit ressortir que les hautes eaux ne se produiraient pas avant trois ou quatre mois.
Si une mission était sur le Nil, dont la navigation est sinon facile, du moins possible en toute saison, elle aurait occupé Fachoda bien avant que l'expédition française fût en mesure de se mettre en route.
Il parla tant et tant que le commandant finit par lui dire:
—C'est à la mort que vous me demandez de vous envoyer, Baratier, mais vous avez raison, il faut que l'un de nous se dévoue. Si je n'étais le chef de la mission Congo-Nil, je ne remettrais à personne l'honneur de tenter l'aventure. Vous partirez donc, mais, auparavant, j'exige que vous attendiez le retour des reconnaissances que je vais expédier dans toutes les directions. S'il était avéré que les renseignements vagues fournis par le griot sont erronés, il serait inutile de vous sacrifier.
Et lui tendant la main:
—En me confiant la conduite de la mission, on m'a fait le comptable de l'existence de tous mes collaborateurs. Et si un jour, parvenu au bout de la route, alors que l'on fera le dernier appel des survivants, je dois répondre à l'appel de votre nom: «Mort,» je veux pouvoir ajouter: «Je lui ai permis de faire le sacrifice de sa vie dans une circonstance d'absolue nécessité.»
Et dans ces paroles du chef, il y avait une émotion si vraie, une tendresse si profonde pour tous ceux qui l'entouraient, que plusieurs tournèrent la tête, pour cacher la larme d'attendrissement soudainement montée à leurs paupières.