Et ici se place un incident joyeux, qui prouve qu'en véritable héros de France l'officier sait user à l'occasion des moyens[5] spirituels que l'on croirait réservés au seul vaudeville.
Le lendemain, 13 décembre, un sergent de race ouolof, faisant partie de la compagnie de tirailleurs, eut une longue conversation avec le commandant.
Il le quitta, le visage convulsé par un rire joyeux, qui découvrait ses dents blanches.
Puis il gagna la berge du fleuve.
Des piroguières okambas, qui avaient amené des volailles et des légumes au camp, étaient étendues sur le sable près de leurs embarcations.
Elles jacassaient, point désagréables à voir, avec leurs faces rieuses, étalant en plein soleil leurs jambes et leurs corps nus. Leur parure rudimentaire: des colliers, des bracelets de poignets et de chevilles, et un jupon de cotonnade descendant de la taille aux genoux, permettait d'admirer la vigueur sculpturale de ces commères noires.
Le sergent, Mohamed-Abar de son nom, en découvrit une qui, au contact des blancs, avait appris une sorte de «sabir» intelligible.
Et la conversation s'engagea.
Bientôt, le sous-officier parla beuverie et eau-de-vie, sujet de dialogue qui intéresse prodigieusement les populations nègres, sans distinction de sexe.
Il se plaignit de ses chefs, lesquels interdisaient les spiritueux aux soldats attachés à l'expédition.