AVANT-PROPOS

Dans ces vingt dernières années, les Européens se sont partagé l'Afrique.

Deux peuples surtout ont réussi à se faire la part large: l'Anglais et le Français.

Le premier occupa le Sud de l'Afrique, du Cap de Bonne-Espérance aux grands Lacs; puis il s'implanta au Nord-Est du Continent noir, occupant effectivement l'Egypte et nominalement la Nubie.

La France, elle, appuyée au Nord sur sa vieille colonie algérienne; à l'Ouest, sur ses établissements du Sénégal et du golfe de Guinée, étendit son influence sur la plus grande partie du bassin du Niger, conquit la côte d'Ivoire, le Dahomey, le Congo, tandis qu'à l'extrémité opposée de la terre africaine, elle plantait son drapeau à Obock, Djibouti et Tadjourah.

Tout naturellement la Grande-Bretagne devait être tentée de réunir l'Egypte au Cap, et la France de joindre le Soudan et le Gabon au territoire d'Obock.

De là, deux mouvements d'expansion, perpendiculaires l'un à l'autre et appelés fatalement à se contrecarrer.

Si les soldats et fonctionnaires de la République soudaient l'Ouest africain à l'Hinterland d'Obock, les Saxons se trouvaient coupés du Cap; si, au contraire, les sujets de S. M. la Reine Victoria pouvaient faire leur trouée, l'importance de nos établissements de Tadjourah était considérablement diminuée, et la liberté de l'Abyssinie, notre alliée naturelle, était compromise.

Voilà pourquoi l'on organisa la mission Congo-Nil. La route de pénétration des Anglais vers le Sud ne pouvait être, de par la configuration du pays, que le lit du fleuve autrefois rougi par Moïse. Donc une mission, partie du Congo et venant occuper une agglomération quelconque sur les berges nilotiques, assurait le succès de la France dans cette course aux territoires.