Un dernier enfin lança la nouvelle à sensation que les missions du Kordofan avaient été incendiées et tous les missionnaires mis à mort après d'atroces tortures.
Le bruit se répéta, se colporta, s'augmenta.
Chaque jour, de nouvelles dépêches, toujours de source anglaise, venaient ajouter à l'affolement général.
Et tous les cœurs épris de justice et de dévouement palpitèrent de reconnaissance, lorsque le gouvernement anglais déclara au monde civilisé que, chargé jusqu'à nouvel ordre du maintien de la tranquillité en Egypte, placé de ce fait à l'avant-garde de la civilisation, il se croyait le devoir de former une armée pour marcher contre les bandes du Mahdi.
Les peuples naïfs ne se doutèrent point qu'ils assistaient à une simple «parade» supérieurement jouée par le Gouvernement anglais, de concert avec ses agents africains.
L'idée de Jane, adoptée par Bright, permettait aux Anglais de concentrer une armée anglo-égyptienne et de s'avancer sur Khartoum-Ondourman et Fachoda, pour couper la route à la mission Marchand, au cas où elle réussirait à continuer sa marche vers le Nil.
Dernière facétie. L'Angleterre, tenant compte du mauvais état des finances égyptiennes, qui mettait les descendants des Pharaons dans l'impossibilité absolue de faire les frais de la guerre défensive sur le point de s'engager, l'Angleterre, disons-nous, autorisa le gouvernement khédivial à chercher ses ressources dans la Caisse de la Dette, répondant d'ailleurs généreusement de l'emprunt forcé auquel elle condamnait le souverain égyptien.
En France, où l'on est un peu plus naïf qu'ailleurs, on crut aveuglément au soulèvement des Derviches[7].
On craignit pour la mission Marchand.
Evidemment, si la petite troupe s'engageait dans les plaines du Kordofan, parcourues par les tribus fanatiques en armes, elle était sûrement perdue.