Le domestique salua et sortit[6].

Le soir même, Bright et Jane, en palanquins portés par des mules, entourés par une escorte peu nombreuse, sortaient de Léopoldville et, longeant le Congo, prenaient la direction du Nord.


Huit jours plus tard, les journaux d'Europe publiaient, à grand fracas, une dépêche de source anglaise, ainsi conçue:

«Mahdi soulève populations Darfour et Kordofan. Guerre sainte prêchée dans tout le Soudan égyptien. On craint que le soulèvement ne gagne la Nubie et les Etats voisins du lac Tchad.»

Les publicistes s'en donnèrent aussitôt à cœur joie. Les occasions de «tirer à la ligne» sont rares, et celle-ci était unique.

Chacun fit étalage de ses connaissances.

Celui-ci dépeignit les contrées habitées par les Derviches, avec une autorité d'autant plus grande que, ne les ayant jamais vues, il était certain de ne pas se tromper; tout au plus pouvait-il tromper les autres.

Celui-là, voulant dépasser son confrère dans le steeple-chase de l'information, publia in extenso l'acte de naissance du Mahdi, lequel avait vu le jour en un pays où les registres de l'état civil sont inconnus.

Un grand journal illustré publia son portrait, d'après un cliché fourni par un photographe du Caire, aimable fumiste qui avait fait poser devant son appareil un porteur d'eau nubien.